Samedi 12 mars 2011 6 12 /03 /Mars /2011 10:20

Critique d"une semaine".

 

L'historien, contrairement à ses homologues sociologues, ou anthropologues, est rarement au contact de ses sujets de recherche. En se prêtant soi-même à l'analyse de terrain on peut pourtant comprendre l'utilité de celle-ci.

C'est certainement ce qui m'a poussé (plus la volonté d'obtenir quelques contacts de plus pour mon mémoire) à m'embarquer dans cette galère. Encore embrumé par la lecture de la enième biographie de Michel Rocard, je me suis trouvé recruté par un très sympathique jeune homme pour faire parti des spectateurs de semaine critique. Qui l'eut cru. Ce n'est finalement pas si compliqué de passer à la télé. Passer à la télé, c'est en effet le bon et le seul vrai mot pour cette opération. Dès qu'une caméra se tourne vers le public tout le monde se redresse se met à sourire. Voilà finalement le seul but de la vie: passer à la télé. Pour le meilleur et pour le pire.

Mais n'est pas télégénique qui veut!

Il faut d'abord subir un vrai casting. En effet, si vous avez cru atteindre la notoriété en voyant le sergent recruteur vous supplier de venir, détrompez-vous.

Le sergent chef, une fois l'heure venu d'être sous les ordres se transforme en bagagiste et laisse la place au terrible commandant (quel féroce commandant aux jupons très courts et aux talons trop hauts). Il faut en effet se soumettre aux quotas... Et aux gouts personnels du chef!

En effet sur quels critères se fondent le garde chiourme aux injonctions si douces, exceptés ceux que lui dictent son propre sens de la télégénie (qui n'est visiblement pas le même que le mien).

Mais non ni voyez pas là la colère d'un recalé (je vous l'ai dit je n'étais pas là pour passer à la télé!), mais l' impression de l'historien devant se spectacle, ma foi fort amusant. Un vrai cluedo!

Là le monsieur avec la cravate, ici la jeune fille avec le foulard, là le monsieur asiatique, ah puis non le monsieur avec la cravate il y a trop de couleurs sur celle-ci, nous allons vous préférer le monsieur là avec les lunettes, ça fera intelligent.

Après ce jeu de massacre (de près d'une heure) arrive les bêtes.

Et nous (les recalés) devons jouer le role du public dans les arènes. Trop attentifs à ce qui se dit, on nous le rappelle très rapidement. Vous êtes trop mous, réagissez!

Alors on se met aux aguets, on ne réfléchit plus, on crie, puis on exulte, et enfin on pleure (oui il y a aussi des quotas pour les sentiments). Mais cela ne suffit pas, on nous rappelle à l'ordre. Alors on crie encore plus fort, on insulte la méchante khadafiste, on hue le nom de Sarkozy et surtout... On applaudit Stéphane Bern (il est si sympa). La parole est à celui qui parle le plus fort. Le débat, lui, reste incipide et plat. 

Et vient l'heure tant attendue. Il est là, tapis dans l'ombre, jouant son propre role en draguant outrageusement sa voisine. Oui le voilà, le seul, le vrai Nicolas Bedos. Le public hurle de bonheur, tout le monde va en avoir pour son grade, on met enfin à mort la bête.

De suite, les blagues fusent toutes plus ignobles les unes que les autres. Aucune limite, surtout pas, l'audience commence à peine à monter.

Et puis le calme revient. Le public repus de ce gouteu^x spectacle s'en va heureux, remerciant le staff qui une heure plutot lui avait préféré le monsieur avec la cravate.

Il veut maintenant toucher, voir si tout cela était bien vrai. Et oh magie, ils sont en chair et en os, ils sont même susceptibles et pire encore, grincheux.

Ah décidément la télé, c'est bien mieux à la télé.

Par PEG
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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 23:25

Cours d’histoire des médias : Agnès Chauveau, Cécile Méadel, Jean-Noël Jeanneney.

 

Pierre-Emmanuel GUIGO

 

 

                                          « L’enfant chéri des médias »

                                      Michel Rocard et les médias de 1974 à 1981.

 

 

 

 

 

 

Michel Rocard, plus connu aujourd’hui comme critique des médias, était considéré dans les années 1970 comme l’un des « enfants chéris des médias »[1]. Il est bien sûr difficile de jauger la part de ceux-ci dans son ascension de 1974 à 1981, mais étant donné la rapidité de celle-ci, et l’absence de fonction d’envergure nationale (il n’a aucun mandat jusqu’en 1977), on peut supposer que les médias ont joué un rôle important dans ce début de carrière politique, au moins en lui permettant de devenir un acteur politique de premier plan.

Pour autant doit-on conclure comme François Mitterrand que Michel Rocard, devenu l’un de ses concurrents potentiels au sein du PS pour l’investiture à l’élection présidentielle, n’est qu’un « complot médiatique »[2] ? Sans nous attacher particulièrement à cette problématique provocatrice, nous tenterons plutôt de comprendre les liens qui se nouent entre Michel Rocard et les médias (à commencer par les journalistes), à la base de la construction de la communication politique moderne[3].

Dans un premier temps, nous verrons donc comment Michel Rocard s’adapte aux médias, comment il prépare ses interventions et le rôle de ses conseillers en communication.

Ensuite, nous renverserons le point de vue et nous tenterons de comprendre quelles raisons peuvent expliquer la présence accrue de Michel Rocard dans les médias au cours de notre période.

Enfin, nous verrons que la relation de Michel Rocard aux médias de 1974 à 1981 n’est pas seulement idyllique mais peut aussi se révéler néfaste à sa communication, ce qui nous permettra peut-être de comprendre quelles sont les raisons de son rejet croissant des médias à partir des années 1980.

 

 

I) Apprivoiser les médias.


1) Préparer ses interventions.

 

Michel Rocard se distingue d’une partie de la gauche française qui est d’abord hostile à la communication[4] et aux méthodes du marketing politique en raison de son attachement au parlementarisme et de son rejet du césarisme[5].

François Mitterrand, engagé dans la campagne présidentielle de 1965, tente de donner l’image d’un président jeune, aidé pour cela par un « Brain Trust »[6]( relevant plus du conseil politique que d’un groupe de conseil en communication, comme en témoigne sa composition) sans pour autant utiliser les méthodes du marketing politique[7]. En outre, l’homme semble encore avoir des difficultés à s’adapter à la campagne télévisuel (même si l’on a par la suite beaucoup exagéré la mauvaise qualité de ses interventions télévisuelles durant cette campagne présidentielle ainsi qu’en 1974[8]), et en raison de problèmes techniques récurrents, il nourrit une certaine suspicion à l’égard de la télévision et des journalistes[9].

Michel Rocard propulsé sur le devant de la scène en raison de son élection comme secrétaire national du PSU en 1967 s’attache très vite à construire une équipe personnelle et un cabinet autonome. Son rapport aux médias est plus décomplexé que la plupart de ses contemporains de gauche[10]. Comme la plupart des membres de la deuxième gauche, son modèle politique est Pierre Mendès-France qui a voulu établir un lien direct avec l’opinion publique en usant notamment des sondages et de ses discussions radiophoniques. Michel Rocard envisage donc les médias comme un moyen privilégie de communiquer avec l’opinion publique dès 1967[11] (ce qui restera une constante de sa carrière, en témoigne son discours de Joué-lès-tours en 1991). Lors de sa campagne de 1969, il s’intéresse, à l’initiative de ses proches comme Roland Cayrol ou Pierre Zémor, à l’usage des médias. Il s’entraîne activement au video-training afin d’améliorer ses interventions télévisuelles.

Ses collaborateurs se répartissent également le travail et écrivent la plupart de ses textes, leur donnant un ton très personnel, tranchant parfois avec celui, plus officiel, du PSU.

Mais c’est surtout lors de sa victoire surprise face à l’ancien Premier ministre Couve de Murville qu’il forge sa popularité au cours de la même année 1969.

De nouveau dans l’ombre en raison des échecs répétés du PSU à partir de 1969, puis battu à l’élection législative de 1973, il ne redevient audible qu’en se ralliant à partir de 1974 d’abord à la campagne de François Mitterrand, puis au Parti socialiste au moment des Assises du socialisme en Décembre 1974.

 

 

2) Entre l’homme politique et les journalistes : la « nébuleuse » des conseillers en communication.

 

À partir de ce moment, il met en place une équipe de communication structurée sur le long terme. Des réunions régulières réunissent ainsi des spécialistes des sondages comme Gérard Grunberg, Jérôme Jaffré, qui conseillent Michel Rocard sur les postures à adopter, les messages à véhiculer pour être « en phase avec la société ». Groupe auquel il faut ajouter le publicitaire Claude Marti, dont le rôle reste encore flou en raison du manque de sources. Si l’on en suit nos connaissances actuelles, son rôle principal semble avoir été plus superficiel qu’on ne l’a souvent dit, l’homme se contentant de donner des conseils sur la posture à prendre, ou les choix vestimentaires. Des professionnels des médias se joignent rapidement à eux notamment Gilbert Denoyan (journaliste) et Jean Lallier (réalisateur de télévision qui devient plus tard directeur des programmes de TF1) occupant une place importante dans les séances de video-training et dans la préparation des émissions.

Les textes de Michel Rocard sont désormais, et jusqu’à la fin de notre période, écrits par Jean-François Merle.

À partir de 1974, deux proches de Michel Rocard s’occupent plus spécifiquement des relations avec la presse : Christian Blanc (qui devient en 1978 son directeur de cabinet officieux) et Jean-Paul Ciret ancien journaliste (UFC-que choisir ? et Groupe Bayard-Presse). Leur rôle de plus en plus important au point de devenir tous deux des « permanents » travaillant à temps plein et financés par Michel Rocard consiste à entretenir les relations déjà riches avec Le Nouvel Observateur, la Revue Esprit, mais aussi de nouer des contacts notamment avec les journalistes de l’audiovisuel. Ils  organisent ainsi les rencontres entre l’homme politique et les journalistes, tentent d’obtenir des informations de leur part (type de questions, ton de l’émission) et filtrent ainsi les propositions.

Enfin, un groupe « image et commuication » créé par Pierre Zémor encadre l’ensemble de ses personnes auxquelles se joignent des « amis » (Jacques Julliard, Edgar Pisani, des spécialistes en Economie), parfois même Michèle Rocard. 

 

 

 

 

3) La proximité de Michel Rocard avec une part de la presse de gauche.

 

Si la critique de François Mitterrand[12] à l’égard du rapport de Michel Rocard aux médias semble exagérée et jeter une suspicion déjà riche[13] sur les rapports entre journalistes et hommes politiques, elle n’en révèle pas moins la proximité qu’entretient notre objet d’étude avec une part de la presse de gauche. Le soutien que lui apportent certains hebdomadaires comme le Nouvel Observateur, mensuels comme la Revue Esprit, voire des quotidiens comme le Monde mais surtout Le Matin de Paris, a certainement joué un rôle important dans son émergence comme l’une des figures principales de la gauche française des années 1970.

Il est tout d’abord nécessaire de rappeler que ces liens ne se nouent pas dans la courte période que nous étudions. Ils sont plus profonds et remontent notamment à leur commune opposition à la guerre d’Algérie. Le Nouvel Observateur s’affiche en soutien du PSA puis du PSU après la scission socialiste de 1958. Michel Rocard publie d’ailleurs à plusieurs reprises dans ses colonnes des articles économiques très prisés[14]. Des liens importants existent aussi entre le PSU et Esprit, en raison de la forte composante catholique au sein de ce parti, ainsi que de ses prises de position critiques à l’égard du communisme[15]. Mais c’est à partir de 1974, lorsque Michel Rocard rallie le Parti socialiste que ce soutien devient plus notable. Cette presse de gauche pour une bonne part traversée par les mêmes clivages qu’au sein du PSU entre une aile plus modérée, et une aile radicale et révolutionnaire, se recentre comme c’est le cas au Nouvel Observateur avec Claude Perdriel et Jean Daniel.

 Elle accueille donc favorablement Michel Rocard qui devient le représentant politique des idées qu’elle véhicule. Après l’échec de la gauche en 1978, Claude Perdriel (actionnaire majoritaire du Nouvel Observateur depuis 1964 et directeur de son conseil d’administration),   qui avait jusqu’alors vu dans Mitterrand le candidat incontestable de la gauche[16], se détourne de celui-ci en faveur de Michel Rocard (l’écart avec François Mitterrand se creuse en raison du conflit qui oppose les deux hommes sur l’usage des fichiers du Parti socialiste dans le lancement du quotidien le Matin de Paris en 1977). Michel Rocard le séduit en effet par ses prises de position critiques à l’égard du programme commun[17]. En 1977, le même Claude Perdriel lance également le quotidien Le Matin de Paris, qui devient assez vite le principal soutien de Michel Rocard, éditant même des couvertures spéciales, dédiées entièrement à la campagne de celui-ci dans la 3ème circonscription des Yvelines.

Cette prise de position « social-démocrate » se retrouve également au sein du Monde qui se veut à l’époque représentant d’une troisième voie[18], même si le soutien à Michel Rocard est plus tacite qu’en ce qui concerne le Nouvel Observateur ou Esprit. L’Express ne regarde pas non plus  d’un mauvais oeil, celui qui représente une gauche moderne.

Des journalistes lui sont même ouvertement favorables et le revendiquent lors d’une interview[19], voire en écrivant des ouvrages[20].

 

II) « Encore Rocard », pourquoi les médias choisissent Rocard ?

 

1)      Populaire donc médiatise, médiatisé donc populaire.

 

Avant de comprendre quelles circonstances favorisent l’ascension médiatique de Michel Rocard, il faut rappeler le « capital de popularité » dont celui-ci bénéficie avant notre période. En effet, on pourrait s’étonner que plusieurs émissions lui soient consacrées alors qu’il n’est qu’un modeste secrétaire national du PS à la fonction publique. Il est, par exemple, l’invité principal de l’émission C’est-à-dire de Jean-Marie Cavada, et les médias font régulièrement appel à lui pour parler au nom du Parti socialiste des problèmes économiques. L’émission C’est-à-dire débute même par un sondage portant sur l’éventuelle succession à la tête du Parti socialiste (58% des Français semblent favorables à ce que ce soit Michel Rocard qui remplace François Mitterrand plutôt que Gaston Defferre (20%) ou Pierre Mauroy (8%) selon ce sondage. En 1977, il fait déjà la une de l’Expansion dans un style très « pop art », avec dans le décor qui l’entoure le terme de « présidentielle », montrant déjà l’ambition qu’on semble lui prêter. Dès son arrivée au Parti socialiste, il est donc perçu comme un éventuel successeur de François Mitterrand.

Ainsi, Michel Rocard bénéficie d’une popularité et d’un passé  bien antérieur à son entrée au Parti socialiste et qui en fait l’un des leaders du PS les plus attractifs pour les médias. Devenu secrétaire national du PSU en 1967, puis l’un des principaux représentants politiques lors des manifestations de 1968, c’est surtout avec la campagne présidentielle de 1969 qu’il devient une figure majeure du paysage politique français. Préparé à la campagne médiatique grâce aux soins de Roland Cayrol, et malgré des moyens très faibles comparés aux autres candidats, ses apparitions médiatiques sont remarquées comme en témoigne le Bloc-Notes de François Mauriac[21]. Ses apparitions télévisuelles contribuent à l’ancrer dans le paysage politique français, il y a là une forme de « légitimation institutionnelle par le passage à la télévision »[22], y compris pour ceux qui n’auront pas regardé ses prestations, son nom sera désormais connu. Il gagne dès cette époque la réputation d’être un bon « client » pour les médias et tout particulièrement la télévision comme nous l’a signalé Jean-Marie Cavada[23]. Cette popularité acquise accentue sa crédibilité et contribue l’année d’après à sa victoire face à Maurice Couve de Murville. Malgré une baisse assez nette de son apparition dans des émissions, il a ainsi acquis une popularité faisant de lui un homme politique de premier plan. Se forge ainsi un « cercle vertueux » ou une « redondance décalée » (chaque média reprenant ce qui a été dit sur lui, voir ses interventions ultérieures[24]) mais qui ne permet pas, seul, d’expliquer son ascension médiatique sur notre période.

 

 

 

 

2)      Correspondance entre Rocard et l’agenda médiatique. `

 

Michel Rocard s’inscrit, en outre, dans un agenda[25] qui lui est plutôt favorable et qui contribue au développement de sa présence médiatique. Tout d’abord, se développe au sein des médias un intérêt croissant pour des sujets de société[26], relevant parfois de la sphère privée. Suite à Mai 68, les médias s’intéressent de plus en plus aux nouveaux mouvements sociaux comme les appelle Alain Touraine. Autant de thèmes favorables à Michel Rocard[27] qui s’est voulu l’un des porte-parole du mouvement de Mai 68 dans la sphère politique[28]. Ancien secrétaire national du PSU (parti qui a tenté d’imposer ces thématiques au sein du paysage politique), Michel Rocard est donc régulièrement invité à des émissions portant sur les courants féministes, l’avortement (émission durant laquelle il est chargé d’interviewer des couples), et même à une émission sur  Ménie Grégoire[29].

De même l’économie est au coeur à cette époque de l’actualité et se révèle même l’un des éléments essentiels de l’agenda pour l’opinion publique[30]. Si nous devons bien sûr éviter de confondre trop hâtivement l’agenda médiatique et l’agenda de l’opinion comme nous l’indique Jean-Louis Missika[31], nous constatons dans le cas présent que l’économie occupe une place plus importante que d’habitude dans les médias de l’époque[32].   Même si c’est un sujet qui n’a jamais eu un succès massif, et que ces émissions sont souvent reléguées en deuxième partie de soirée, il y a là une opportunité rare pour Michel Rocard. Les questions économiques occupent ainsi la majeure partie de ses interventions dans des émissions durant notre période[33]. Comme le signale Louis Mexandeau[34], il est en effet l’un des seuls réels spécialistes en économie du PS à être déjà connu de la population et ses compétences dans ce secteur sont souvent mises en avant par le parti[35]. Ainsi, comme l’explique Jean-Marie Cavada, « lorsque l’on faisait une émission sur l’économie ou que l’on voulait une réaction sur des problèmes économiques, c’était la première personne à qui nous pensions pour le PS. Il nous semblait le plus compétent »[36].

 

3)      Rocard, un bon client, malgré tout.

 

Si l’on a souvent mis en valeur (et les caricaturistes notamment du bébête show puis des guignols en ont fait leur miel) le débit rapide et les phrases compliquées de Michel Rocard, il ne faut pas pour autant oublier qu’il était perçu à l’époque comme l’un des meilleurs invités politiques comme nous l’ont signalé les journalistes que nous avons rencontré (Jean-Marie Cavada, Jacques Julliard, Jean Daniel)[37]. Face à un François Mitterrand vieillissant (il a 65 ans en 1981 et s’apprête à être candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle) il n’hésite pas à mettre en avant sa jeunesse, sa décontraction. Issu d’une autre génération, il paraît plus à l’aise avec la télévision, notamment, dont il use abondamment, parfois avec talent. Ainsi, lors de la soirée électorale télévisée des élections législatives du 19 Mars 1978, il n’hésite pas à détourner la forme du débat et à faire une déclaration poignante, s’adressant droit au coeur des socialistes.

L’homme dans l’air du temps se peopolise[38]. À la manière encore une fois de Valéry Giscard d’Estaing[39], depuis le début de sa carrière, Michel Rocard met en avant sa vie privée, apparaît dans Paris-Match, montre son foyer à la télévision, sa femme et ses enfants. Lors d’une émission de Jean-Marie Cavada[40], et sur les instructions de celui-ci, Michel Rocard scie même une planche afin de prouver que son passé de scout est encore vivace.

Son « parler vrai » est aussi une des raisons avancées par la plupart des journalistes pour expliquer l’intérêt qu’ils portaient à Michel Rocard. Les journalistes-interviewers attendent ainsi de lui, qu’il se distancie du discours idéologique et de la « langue de bois »[41]. Il a ainsi acquis en raison de son allocution de 1978, mais aussi de phrases parfois en profond décalage avec le discours du Parti socialiste (il fait ainsi scandale en proposant une intervention en Pologne[42], et sa phrase sur « l’archaïsme »[43] fait aussi couler beaucoup d’encre), la réputation d’un homme évitant la « langue de bois ». Mais il faut là encore prendre des distances avec ce qui semble, comme nous le rappelle à juste titre Christian Delporte[44], d’abord relever du slogan ou d’une formule de  communication visant à se différencier des autres hommes politiques en suggérant implicitement que les autres ne parlent pas « vrai ».  En outre, par ce « slogan », il se réclame de l’héritage de Pierre Mendès-France, qui lui aussi souhaitait « parler plus vrai ».

Enfin, Michel Rocard présente une opportunité pour les médias, notamment pour les journalistes de gauche, de nourrir l’actualité au sein du PS avec une concurrence (horserace) entre deux leaders nationaux, à la manière de ce qui se passe à la même époque à droite (mais dans deux partis différents).

Enfin, son positionnement relativement modéré, lui permet de séduire au-delà de la gauche. Ainsi, si nous avons tenté de montrer plus haut ses soutiens au sein de la presse de gauche, nous pouvons rajouter que sans le soutenir, une presse plus conservatrice, ainsi que les magazines économiques s’intéressent à lui. Par ses prises de position modérées sur le plan économique (en parti en désaccord avec le Programme commun et sur la place à laisser au marché) cette presse économique lui ouvre ses colonnes. Dès 1977, L’expansion lui consacre sa couverture, rejoint bientôt par le Point en 1979.

Si l’on suit également les sondages nous pouvons voir qu’il est très populaire à gauche et notamment au sein du Parti socialiste, mais aussi, et c’est plus original au sein de la droite, ce qui lui permet de se démarquer très nettement des autres hommes politiques en termes de popularité.

L’étude de ses interventions médiatiques permet de confirmer l’idée d’un positionnement modéré. Il se place ainsi souvent dans une posture d’analyste plus que de débatteur, ce qui le démarque du simple représentant partisan, à la manière de ce qu’avait réussi à faire Valéry Giscard d’Estaing lors du débat de 1974 face à François Mitterrand[45]. Ainsi dans une émission sur l’avortement, plutôt que de donner son avis ou d’exprimer la ligne du PSU, il décide d’aller interviewer des couples « anonymes », ce qui lui permet ainsi de se poser  à la fois en homme écoutant volontiers son prochain, mais aussi de se dédouaner de tout langage partisan, puisque la parole est laissée à des citoyens « lambdas ». En outre, fortement inspiré par les études produites par les philosophes et sociologues proches de la deuxième gauche (Crozier, Touraine, Malet), il s’adonne souvent dans ces interventions à des analyses sociologiques, qui lui permettent elles aussi de prendre de la hauteur à l’égard du seul débat politique. Il représente une « parole d’expert », ce que Jean-Pierre Esquenazi appelle une « parole performante »[46] (ce qui permet d’ailleurs d’expliquer la persistance de l’image de technocrate qui lui est accolée).

 

 

III) Rocard et les médias : une lune de miel ?

 

1)      L’autonomie conservée des deux acteurs.

 

Si Michel Rocard porte une attention appuyée à sa communication politique et à l’élaboration de son message, il n’en reste pas moins à la merci du contigent, du hasard, voire de l’indépendance des journalistes. La longue et profonde préparation préalable à chacune de ses interventions dans les médias ne chasse jamais sa spontanéité comme nous l’ont confié tous ses proches de l’époque. Ses conseillers en communication craignent à chacune de ses interventions un écart, une prise de position un peu hâtive qui pourrait détériorer son image.

Les exemples abondent de situation ou face à la caméra, il s’autonomise du discours préparé, pour le meilleur (intervention le soir de l’élection de 1978), mais aussi pour le pire. Ainsi, alors que de nombreux dissidents fuient la Pologne, il propose d’envoyer à la manière des interventions humanitaires au Vietnam, des bateaux au large du pays, quitte à risquer un incident diplomatique majeur, commentaire qui sera abondamment repris à son encontre par ses critiques de tous bords comme une preuve de son incompétence. De même au soir de son intervention à la fin du congrès de Metz, Michel Rocard improvise, contre la volonté de tous ses conseillers, et déclare : « Ce ne sera pas la bataille du prétendant. Vous serez le premier à prendre votre décision [pour la candidature de 1981]. Si vous êtes candidat, cher François Mitterrand, je ne le serai pas contre vous ! ». Jacques Julliard échaudé par cette intervention qu’il considère comme maladroite déclare : « depuis cinq minutes, le rocardisme est à la baisse ».

Du point de vue des médias, ceux-ci conservent toute leur autonomie, et le concept de « cadrage »[47], ou « framing » nous permet de voir que la manière dont les médias abordent Michel Rocard change au cours de notre période. Comme nous l’avons souligné, s’il est porté au début de notre période par les thématiques émergentes des années 60-70 (libération des moeurs, autogestion, économie), il n’est plus à la fin de notre période (surtout à partir de sa lutte ouverte avec François Mitterrand) montré comme un pourvoyeur d’idées, mais comme le principal opposant à François Mitterrand, le « prétendant ». Ce qui lui permet donc d’accéder (cette lutte Mitterrand/ Rocard fait alors couler beaucoup d’encre) aux médias détériore l’image qu’il tente de donner de lui-même.

En outre, l’image jeune qu’il offre fait également penser à celle de Valéry Giscard d’Estaing stimulant ainsi une communication critique au sein même du Parti socialiste ou du Parti communiste le présentant comme un homme politique de droite, un « Rocard d’Estaing » (Jean Poperen).

Parler de complot médiatique est donc bien une erreur. D’autant, qu’il ne parvient jamais à dépasser François Mitterrand en termes de présence dans les médias[48], à l’exception d’une très courte période au début de l’année 1980.

 

2)      L’échec médiatisé : l’appel de Conflans.

 

L’appel de Conflans constitue très certainement l’acmé, ou plutôt le nadir de la campagne médiatique de Michel Rocard en vue des présidentielles. S’il s’agit du début d’une campagne potentielle, l’appel se solde finalement par la fin de la candidature de Michel Rocard. S’il est difficile d’en évaluer l’échec, d’autant que nous ne disposons d’aucun sondage portant sur son écho, nous pouvons néanmoins tenter de comprendre comment l’appel a pesé sur la stratégie des différents acteurs. Si cette intervention apparaît même comme le modèle d’une mauvaise déclaration de candidature[49], à tel point qu’elle est souvent citée dans certains manuels, on peut d’abord se demander si elle a été vécue comme un échec. Le fait est que les médias audiovisuels ne le présentent pas, sur le coup, comme tel. Même les proches de François Mitterrand comme Paul Quilès ne critiquent que la forme « giscardienne ».

Même les sondages a posteriori ne signalent pas un infléchissement de sa popularité, alors que ceux ayant suivi son discours de 1978 montraient une nette évolution (même s’il est bien difficile d’en tirer un lien de cause à effet).

Si nous sommes donc loin d’un succès médiatique, il est néanmoins difficile d’en faire un échec absolu. En effet, l’événement ne semble pas avoir été vécu comme un échec complet. Si l’on suit même les commentaires de la presse, nous ne trouvons que de très rares références à un prétendu échec.

Mieux, pour Le Monde, en « traversant le Rubicon », Michel Rocard s’est donné des chances d’être vraiment un jour candidat. Jusque-là dubitatif sur la candidature Rocard, Jean-Marie Colombani dans un article à la une considère désormais la « candidature Rocard » comme « possible ».

Le Nouvel Observateur aussi sous la plume de Jean Daniel considère que la candidature de Rocard est de plus en plus probable, et peut-être même la meilleure.

Plus que de marquer la fin de la candidature Rocard, « l’appel de Conflans » semble donc pour la presse, le lendemain ou les jours qui suivent l’événement, apparaître comme la vraie entrée de Michel Rocard dans la course à la présidentielle.

Si l’on en suit les lettres reçues par le cabinet de Michel Rocard[50] les jours suivants l’appel de Conflans, les critiques semblent montrer l’échec de la forme de l’appel (il reproche notamment à Michel Rocard d’avoir voulu, sur les conseils de ses communicants, se donner une image « présidentielle » en totale rupture avec l’image véhiculée jusque-là[51]), mais n’entraîne pas leur démobilisation. Au contraire, tous semblent maintenant convaincus qu’il s’agit du meilleur candidat et l’encourage à continuer la lutte. Cette situation s’apparente donc à celle qui a suivi le débat entre Laurent Fabius et Jacques Chirac, étudié par Agnès Chauveau[52]. Ce n’est qu’à posteriori que l’image négative de cette intervention se construit au point de devenir un fait acquis, phénomène que Jacques Maarek nomme une « redondance décalée »[53]. L’idée devenant courante que cet appel était un échec, chaque média reprendra cette idée à son compte, jusqu’à ce que l’idée devienne lieu commun.

C’est donc surtout chez les très proches du « candidat potentiel » que cette intervention est apparue comme désastreuse. Lui-même semble l’avoir vécu comme un désastre complet[54]. C’est donc sur eux qu’elle pèse, engendrant un effet de démobilisation. A partir de cet instant, toute l’équipe de Michel Rocard, à commencer par lui-même revoient leurs ambitions à la baisse et semble attendre l’annonce de François Mitterrand. 

S’il est certain que l’on ne peut en faire une réussite, cette intervention semble avoir en fait confirmé et décanté la situation. Déjà dans une position paradoxale puisque voulant être candidat mais ne pouvant l’être si François Mitterrand se présente, chacun des camps n’y voit que confirmation de ce qu’il attendait. Du côté de Michel Rocard, la candidature semble d’autant moins crédible que cet « appel » semble un échec. Du côté des Mitterrandiens, on se félicite de cette annonce bien peu convaincante.

Toutefois, cette idée d’échec enracinée dans la mémoire de Michel Rocard joue, à notre avis un rôle important dans le développement de ses critiques envers les médias. Si ce type de pensée ne devait pas lui être étranger, elle s’enracine en tout cas, au point de devenir un élément récurrent de ses discours.

 

3)      La communication de Michel Rocard pas exclusive des médias.

 

En outre, si les médias occupent une place importante dans la communication politique de Michel Rocard comme nous avons souhaité le montrer ici, elle ne constitue pas le seul type de communication politique voulu par celui-ci. Influencé par les nouvelles pratiques démocratiques développées au sein de la gauche sous le terme-valise d’autogestion, Michel Rocard a perpétué et utilisé de nouveaux modes de communication. Ces méthodes sont tout particulièrement utilisées au niveau local, où les médias jouent un rôle moins important face aux contacts interpersonnels. C’est tout particulièrement le cas à Conflans-Sainte-Honorine, ville dont il est le maire. Il y met en place un busphone afin de recueillir l’avis de la population, leurs attentes, leur avis sur tel projet, ainsi que des structures de discussions paramunicipales.

Sur le plan de ses campagnes, il fait bien sûr appel aux modes de communication plus ordinaires (tractages, affichages, meetings...).

D’ailleurs, dans son emploi du temps, la communication médiatique et sa préparation n’occupent qu’une place assez faible dans son travail hebdomadaire.

 

 

 

 

Bibliographie :

 

1)      Communication politique et histoire des médias.

 

-Dominique Cardon, « Chère Ménie. Emotions et engagements de l’auditeur de Ménie Grégoire », Réseaux, n°70, 1995, p. 41-78.

- Blumler, J.G., Cayrol, R., Thoveron, G., La télévision fait-elle l’élection ? , Paris, Presses de la FNSP, 1978

- Roland Cayrol, La nouvelle communication politique, Paris, Larousse, 1986.

- Agnès Chauveau « L'homme politique et la télévision » dans Vingtième Siècle. Revue d'histoire 4/2003 (no 80), p. 89-100, article en ligne sur Cairn

- Agnès Chauveau, « Un idéaltype : la communication du. Premier

ministre Laurent Fabius, juillet 1984-mars 1986 »,. Hermès, 13/14, 1994.

-Jean-Marie Cotteret, Gouverner c’est paraître, Paris, PUF, 2001.

-Jamil Dakhlia, Politique people, Paris, Bréal, 2008.

- Fabrice D’Almeida [dir.], L’Éloquence politique en France et en Italie de 1870 à nos jours, Collection de l’École française de Rome n° 292, Rome, 2001

 -Fabrice D’Almeida, La politique au naturel - Comportement des hommes politiques et représentations publiques en France et en Italie XIXe-XXIe siècle, Rome, Collection de l'Ecole française de Rome, 2007.

- Christian Delporte, « Image, politique et communication sous la Cinquième République » dans Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°72, octobre-décembre 2001, pp. 109-124, article en ligne sur Persee

-Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007

-Christian Delporte, Une histoire de la langue de bois, Paris, Flammarion, 2009.

- Jean-Pierre Esquenazi, Télévision et démocratie : La politique à la télévision française, 1958-1990, Paris PUF, 1999.

-Jacques Gerstlé, La communication politique, Paris, Dalloz, 2004.

-Gui Xi Young, « The 1965 Mitterrand campaign, and the rue Guynemer « Brain Trust », Master of Philosophy, FitzWilliam College, 2009.

-Jean-Noël Jeanneney (dir.), L’écho du siècle, Hachette, 2001.

-Jean-Noël Jeanneney, Une histoire des médias. Des origines à nos jours, Editions du

Seuil, Paris, 1996.

-Jean-Noël Jeanneney, « Le mythe des leaders cathodiques », Documents du Nouvel Observateur, n°1, Mai 1988, p. 72-79.

-Raymond Kuhn, « Be very afraid », Television and l’insécurité in the 2002 French presidential election », European Journal of Communication, vol. 20, n°2, 2005, p. 181-198.

-Dominique Labbé, Le vocabulaire de François Mitterrand, Paris, Presses de Sciences-Po, 1990.

-Jacques Le Bohec, Elections et télévision, Presses Universitaires de Grenoble, 2007.

-Aurélien Le Foulgoc, Politique et télévision, Paris, Ina éditions, 2010.

-Philippe Maarek, Marketing et communication de l’homme politique, Paris, Litec, 2001.

-Arnaud Mercier (dir.), La communication politique, Les essentiels d’Hermès, 2008.

-Louis Pinto, L’intelligence en action : Le Nouvel Observateur, Editions Métaillié, 1984.

-Philippe Riutort, Sociologie de la communication politique, La Découverte, 2007.

             -Le temps des médias, n°7, Février 2006, en entier.

              -Le Temps des médias, n°10, 2008.

            -Isabelle Veyrat-Masson et Evelyne Cohen, « Bruno Masure, entre engagement         politique et métier journalistique », Le Temps des médias, n°13, hiver 2009-2010.

 

 

 

2)      Michel Rocard :

 

- Jean-Louis Andréani, Le Mystère Rocard, Paris, Laffont, 1993.

-Jean-Pierre Bédéï et Jean-Paul Liégeois, Le feu et l’eau, Mitterrand-Rocard : histoire d’une longue rivalité, Grasset, 1990.

- Kathleen Evin, Michel Rocard ou l’art du possible, Paris, J-C Simoëns, 1979.

-Robert Chapuis, Si Rocard avait su, Paris, L’Harmattan, 2007.

-H. Hamon, P. Rotman, L’effet Rocard, Paris, Stock, 1980.

-Gilles Heurtebise, Michel Rocard vu par trois quotidiens nationaux, Paris, Mémoire d’histoire contemporaine, Paris 10, 1983.

-J-P. Huchon, Jours tranquilles à Matignon, Paris, Grasset, 1993.

- J-P. Huchon, La montagne des singes : du rocardisme aux années Jospin, Paris, Grasset, 2002.

-Fabrice Manisewski, Michel Rocard au miroir du « Nouvel Observateur » de 1965 à 1981, Mémoire de Maîtrise en histoire, Lille 3, 1997.

            -R. Schneider, Michel Rocard, Paris, Stock, 1987.

-Robert Schneider, La haine tranquille, Paris, Seuil, 1992.

-Jean-Jacques Urvoas, L’image de Michel Rocard de 1978 à 1984, Paris, Mémoire de Maîtrise, 1984.

-Pierre Zémor, Le défi de gouverner, communication comprise, entretien avec Patricia Martin, Paris, L’Harmattan, 2007.

 

 

3)      Ses propres ouvrages :

 

- A l’épreuve des faits, Points, 1986

-Le cœur à l’ouvrage, Odile Jacob, 1990. Textes politiques (1981-1987).

-Parler vrai, Points, 1979. Textes politiques

- Si la gauche savait, entretiens avec Georges-Marc Benamou, Paris, Points, 2007.

-Si ça vous amuse, Paris, Flammarion, 2010.

 

 

Sources archivistiques :

-Archives INA.

-Archives de Pierre Zémor sur la communication de Michel Rocard.

-Archives de Michel Rocard ?

-Fonds Michel Rocard à Conflans-Sainte-Honorine.

 

 

Sources annexes :

-Entretiens avec les acteurs cités :

-Jean-Marie Cavada : journaliste politique. (entretien avec l’auteur, 14 Décembre 2010).

-Robert Chapuis, proche ami de Michel Rocard depuis ses débuts à l’UNEF et au PSU (entretien avec l’auteur 18 Octobre 2010).

-Jean-Paul Ciret : chargé de la presse au sein du « cabinet » de Michel Rocard de 1974 à 1981 (entretien avec l’auteur, 3 Décembre 2010).

-Scarlett Courvoisier : secrétaire de Michel Rocard sur notre période (entretien avec l’auteur, 16 Octobre 2010).

-Jean Daniel, Président et éditorialiste du Nouvel Observateur (entretien avec l’auteur, 14 Janvier 2011).

-Daniel Frachon : secrétaire général de la fédération socialiste des Yvelines, participe régulièrement au groupe « image et stratégie » ( entretien avec l’auteur, 8 Novembre 2010).

-Jacques Julliard : historien, éditorialiste au Nouvel Observateur, proche ami de Michel Rocard (entretien avec l’auteur, 8 Janvier 2011).

-Jean-François Merle : plume de Michel Rocard de 1974 à 1981 (entretien avec l’auteur, 8 Juin 2010).

-François Stasse : conseiller économique de Michel Rocard de 1974 à 1980.

-Pierre Zémor : coordinateur du groupe « image et stratégie ».

-Jean-Louis Missika : sociologue des Médias, directeur du SID de 1988 à 1991.

 

-Dossiers de presse de Sciences-Po.

- Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Monde, L’Humanité, de 1974 à 1981.

 

 

 



[1] Voir l’émission Empreintes dédiée à Michel Rocard, 29 Mars 2009 sur France 5.

[2] François Mitterrand, interview au journal Le Monde, 27 Mai 1980.

[3] Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007

[4] Roger-Gérard Schwartzenberg, représente assez bien ce type d’hostilité à la communication politique avec son ouvrage : Roger-Gérard schwartzenberg, L’état spectacle, essai sur et contre le star system en politique, Paris, Flammarion, 1977.

[5] Serge Berstein, Odile Rudelle (dir.), Le modèle républicain, Paris PUF, 1992. 

[6] Gui Xi Young, « The 1965 Mitterrand campaign, and the rue Guynemer « Brain Trust », Master of Philosophy, FitzWilliam College, 2009.

[7] Ibid.

[8] Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007, p. 155.

[9] Ibid, p. 182.

[10] Ibid, p. 224.

[11] Michel Rocard, « Socialisme et civilisation industrielle » dans Tribune socialiste, Mai 1966.

[12] Voir Introduction.

[13] Cyril Lemieux, Mauvaise presse : une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Métaillé, 2000.

[14] Philippe Tétart, France Observateur, 1950-1964 : histoire d'un courant de pensée intellectuel, Paris, L’Harmattan, 2000.

[15] Goulven Boudic, "Esprit", 1944-1982 : les métamorphoses d'une revue, Paris, Editions de l’IMEC, 2005.

[16] Il avait même organisé sa campagne de  1974

[17] Entretien avec l’auteur.

[18] Patrick Eveno, Histoire du journal "Le Monde" : 1944-2004, Paris, Albin Michel, 2004.

[19] Entretien de Guy Claisse le 22 mars 1979 avec Hervé Hamon et Patrick Rotman, L’Effet Rocard. Paris, Stock, 1980, p. 24-26

[20] Hamon-Rotman, L’effet Rocard, Paris, Stock,1980, Pierre Viansson-Ponté, Lettre aux hommes politiques, Albin Michel, 1976.

[21] François Mauriac, Bloc-Notes, vol. 5,  Paris, Flammarion, 1970, p. 299.

[22] Philippe Maarek, « Le message télévisé a-t-il besoin de discours politique » dans Mots, vol. 20, 1989.

[23] Entretien avec l’auteur (14 Décembre 2010).

[24] Son intervention de 1978 est ainsi reprise quasi-systématiquement à chacun de ses passages télévisés.

[25] Pour une définition, voir                N. J. Mahwah, Handbook of political communication research, LEA’s communication Press, 2004, p. 154-158.

[26] Laurent Martin, La presse écrite en France au XXème siècle, Librairie Générale Française, 2005, p. 154.

[27] Les sociologues des médias parlent ici de « priming » ou « d’amorçage » en français,

ces thématiques mises en avant par les médias favorisent l’homme politique qui est le plus à même d’y répondre.

[28] Pour voir son action au sein des manifestations de Mai 68 puis par la suite : Isabelle Gay, L’itinéraire politique de Michel Rocard jusqu’en 1974, Mémoire de Maîtrise Paris 1, 1988.

[29] Émission « Ménie Grégoie : Sainte Antenne priez pour nous » dans la Société des médias, 24/02/1974, voir Dominique Cardon, « Chère Ménie. Émotions et engagements de l’auditeur de Ménie Grégoire », Réseaux, n°70, 1995, p. 41-78.

[30] Sondage Le Figaro-Sofres, Juin 1974.

[31] Elizabeth Dupoirier et Gérard Grunberg, Mars 1986, la drôle de défaite de la gauche, PUF, 1986.

[32] Laurent Martin, La presse écrite en France au XXème siècle, op. cit., p. 75.

[33] Sur le crédit, le capitalisme, sur le plan Barre, sur le programme commun...

[34] Louis Mexandeau, Histoire du Parti socialiste, Paris, Tallandier, 2005.

[35] Il a notamment été l’un des conseillers économiques de François Mitterrand lors de la campagne de 1974, et il est l’un des représentants du PS dans la renégociation du Programme Commun en 1977.

[36] Entretien avec l’auteur (14 Décembre 2010).

[37] Entretiens avec l’auteur, voir Bibliographie et archives utilisées.

[38] Jamil Dakhlia, Politique people, Bréal, 2008.

[39] Sans qu’il y ait nécessairement inspiration, d’ailleurs d’autres hommes politiques le font tout autant comme François Mitterrand dévoilant à la télévision sa maison de Latché, ou mettant en avant son épouse Danièle lors de la campagne de 1974.

[40] C’est-à-dire, 15/10/75, présenté par Jean-Marie Cavada, Antenne 2.

[41] Christian Delporte, Une histoire de la langue de bois, Flammarion, 2009.

[42] 20 Août 1980 à RMC.

[43] 17 Septembre 1978 au Club de la presse d’Europe 1.

[44] Christian Delporte, Une histoire de la langue de bois, op. cit.

[45] Jean-Pierre Esquenazi, Télévision et démocratie : La politique à la télévision française, 1958-1990, Paris PUF, 1999, p. 190.

[46] Ibid, p. 188.

[47]  Pour une définition, voir  N. J. Mahwah, Handbook of political communication research, LEA’s communication Press, 2004, p. 144-148.

[48] Nous avons ainsi pu établir des statistiques à l’aide du logiciel Mediacorpus de l’Inathèque.

[49] Michel Rocard n’ayant pu être maquillé (la maquilleuse est restée bloquée dans un bouchon) y apparaît très pâle, tendu (une alerte à la bombe est annoncée au moment de l’enregistrement), et regarde la mauvaise caméra.

[50] Lettres écrites pour la plupart par des anonymes ou des proches du « courant Rocard » que nous avons trouvées dans les Archives de Pierre Zémor.

[51] Voir plus haut.

[52] Agnès Chauveau, « Un idéaltype : la communication du. Premier ministre Laurent Fabius, juillet 1984-mars 1986 »,. Hermès, 13/14, 1994.

[53] Jacques Maarek, « Le message télévisé a-t-il besoin du discours politique » dans Mots, vol. 20, 1989.

[54] Michel Rocard, Si la gauche savait, entretiens avec Georges-Marc Benamou, Paris, Points, 2007.

 

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Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 23:19

                                     La cerise et le gâteau.

 

 

La communication politique est devenue en science politique comme en science de la communication un secteur privilégié. Elle a en effet joué un rôle croissant ces dernières années, au point de devenir l’un des secteurs politiques les plus chronophages et les plus coûteux.

Pourtant, elle reste un point aveugle de l’histoire politique, et suscite de fortes résistances dont nous avons pu mesurer l’ampleur au cours de notre recherche.  Cette délégitimation relève d’éléments propres au secteur étudié, mais aussi de facteurs plus généreux, applicables à d’autres champs de l’histoire politique contemporaine. En effet, on sait que l’étude de la société de masse a longtemps été rejetée,  en raison de son origine anglo-saxonne.  En ce qui concerne la communication politique en particulier, on peut comprendre que son étude soit rendue compliquée car elle constitue un phénomène, en apparence-nous reviendrons dessus plus loin-récent.  Mais la critique la plus grave et la plus élaborée rejette clairement la communication politique comme relevant d’un monde superficiel, d’un secteur sans importance, où la mystification l’emporte sur l’effectivité réelle du phénomène. S’il y a bien sûr une part de vérité dans ce constat (il est certain par exemple, que certains conseillers en communication soulignent leur rôle à outrances), cette critique est très largement exagérée. Mais même en postulant que la communication politique ne sert strictement à rien-ce que nous allons bien sûr tenter de contredire- elle joue néanmoins un rôle essentiel au sein des équipes d’hommes politiques, des cabinets au point de devenir l’un des secteurs les plus chronophages et les plus coûteux. Au moins pour ces raisons, elle ne peut rester un « monde »enfoui pour l’histoire politique, au risque de se méprendre sur une large part de cette histoire.

D’autre part, pour nous, étudier l’histoire de la communication ne se limite pas à énumérer les petites « phrases », les couvertures de la presse people, les couleurs de cravate, et l’esthétique dentaire de tel ou tel candidat (même si tous ces éléments sont dignes d’intérêt car ils démontrent comment les conceptions, les valeurs mises en avant en politique changent[1]).

Il s’agit au contraire d’un « monde » de l’activité politique essentiel qui déborde très largement du seul aspect communicationnel. La communication politique nécessite d’abord une longue préparation qui emprunte d’ailleurs souvent à nos propres méthodes (d’où la mise en abime à laquelle nous devons faire face) et qui se veut, avec les techniques du marketing politique, de plus en plus « scientifique ». En outre, le rôle des conseillers excède bien au-delà du seul secteur communication. La forme est en effet indissociable du fonds, et vice-versa.

En outre, la communication politique, si elle occupe aujourd’hui le devant de la scène, n’est en rien un phénomène nouveau. Si elle n’a pas toujours portée ce nom, les hommes politiques depuis les débuts de la démocratie, et peut-être même avant, se sont toujours intéressés aux modes de communication leur permettant de dialoguer avec leurs concitoyens[2] : « Le souci de communiquer du pouvoir est loin d’avoir attendu l’essor des médias de masse. Depuis toujours, toute forme d’autorité politique se met en scène et en récit pour imposer ou confirmer son  statut. Au cœur de sa légitimité, on trouve la démonstration de sa capacité à agir, en affichant son pouvoir de faire changer les choses. »[3]

Les études ne sont pas rares dans le domaine, mais se contentant souvent d’étudier un aspect de cette communication politique : l’éloquence[4], le vocabulaire[5], la gestuelle[6], les prestations médiatiques[7] etc...

Toutefois, avec l’émergence de la société de masse[8], de l’apparition de nouveaux modes de communication (émergence de la radio, puis de la télévision), de moyens de mesure de l’opinion (sondages)[9],  d’influences extérieures (essentiellement des Etats-Unis) ainsi qu’avec les évolutions de la presse française[10], s’est forgée une communication politique moderne, formant un tout : « cette recherche d’un dialogue avec l’opinion publique, d’un échange permettant d’établir avec elle un contrat fondé sur la confiance »[11]. Comme le souligne Christian Delporte « depuis plus de trente ans donc, la maîtrise des « techniques » de communication est reconnue utile, voire nécessaire par la Représentation nationale »[12]. Un champ spécifique, même s’il tire beaucoup de ses méthodes du passé , s’institue donc au sein des années 1970-1980[13], occupant une place de plus en plus importante au sein des cabinets, voire des partis, avec l’émergence de toute une catégorie d’ »experts » d’abord militants puis de plus en plus professionnalisés[14].  S’ils ont souvent amplifié leur rôle, comme le souligne Patrick Champagne, « il ne faut pas sous-estimer le pouvoir social de ces professionnels que nombre d’entre eux possèdent une réelle connaissance pratique, née de la pratique et tournée vers la pratique, qui peut être parfois supérieure à la connaissance théorisée que les sociologues peuvent avoir ; mais aussi parce que, de toute façon, l’analyse sociologique doit prendre au sérieux ces professionnels, même ceux qui sont peu sérieux scientifiquement, en les prenant au moins comme objet ; ils sont en effet au principe de représentations du monde social et des effets visibles et mesurables »[15] . Mais plus profondément, comme le souligne  Arnaud Mercier la communication politique ne peut se réduire à une mystification, elle « est devenue un complément indispensable de toute action, soit pour se faire mieux comprendre, soit pour mieux masquer les difficultés », dans une activité politique de plus en plus dominée par l’urgence.

Si son efficacité est, en effet, depuis longtemps discutée, et relativisée par la plupart des travaux scientifiques[16], elle n’en est pas moins utile pour comprendre l’évolution des comportements des hommes politiques à l’égard des médias, de l’opinion, des sondages.

Elle alimente aussi l’histoire des idées et des représentations politiques. Ainsi, du point de vue de l’histoire des gauches, notre recherche permet de mettre en lumière les liens complexes de la gauche avec l’opinion publique et les nouveaux modes de communication. Une large part de la gauche fut en effet hostile à la communication politique moderne, certains la considérant comme une menace pour la politique en raison de leur attachement au parlementarisme républicain[17]. D’autres s’y opposèrent en raison de son style « américain » et d’une vision de la communication très influencée par la propagande soviétique. 

L’histoire de la communication politique permet également d’éclairer les évolutions lourdes de la politique. Ainsi, Comme l’explique François Rangeon, dans la crise de la représentation qui se développe au sein de la politique française, durant ces années, l’essor de la communication met en valeur que l’élection ne suffit pas à assurer la légitimité politique. Pour reprendre une expression usuelle : les hommes politiques sont sous les feux de la rampe. La légitimité n’est donc plus acquise de plein droit, mais doit être sans cesse reconquise, par la recherche de l’adhésion des citoyens. Le développement de la communication politique exprimerait donc une transformation des modes de légitimation politique, par un approfondissement de la logique démocratique et la promotion d’une légitimité procédurale[18].

La communication politique se saisit donc de l’homme politique, tout autant qu’il se saisit d’elle, jouant ainsi une place croissante dans son emploi du temps, dans l’évolution de la campagne, dans ses liens avec la population, dans les moyens financiers utilisés et surtout dans la « sélection » au sein du personnel politique.

Vouloir donc écarter la communication politique, c’est bel et bien courir le risque lorsque l’on étudie la vie politique moderne d’échapper à tout un pan essentiel, chronophage, coûteux, et prisé (à tort ou à raison) des hommes politiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1]   Fabrice D’Almeida, La politique au naturel - Comportement des hommes politiques et représentations publiques en France et en Italie XIXe-XXIe siècle, Rome, Collection de l'Ecole française de Rome, 2007.

[2] Jacques Gerstlé. La communication politique, Paris, PUF, 2008 (réed. 1998).

[3] Arnaud Mercier, « présentation générale » in Arnaud Mercier (dir.), La communication politique, Hermes, 2008.

[4] Fabrice D’Almeida [dir.], L’Éloquence politique en France et en Italie de 1870 à nos jours, Collection de l’École française de Rome n° 292, Rome, 2001

[5] Dominique Labbé, Le vocabulaire de François Mitterrand, Paris, Presses de Sciences-Po, 1990.

[6] CALBRIS Geneviève, L’expression gestuelle de la pensée d’un homme politique, Paris, CNRS Éditions, 2003.

[7] Jean-Pierre Esquenazi, Télévision et démocratie : La politique à la télévision française, 1958-1990, Paris PUF, 1999.

[8] Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, La culture de masse en France, de la Belle époque à aujourd’hui, Paris, Pluriel, 2006.

[9] Loic Blondiaux, Faire l’opinion, Seuil, 1998.

[10] Laurent Martin, La presse écrite en France au XXème siècle, Le livre de poche, 2005.

[11] Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007, p. 33

[12] Ibid, p. 34

[13] Même s’il s’agit certainement d’un processus qui tire ses racines de l’entre-deux-guerres, voire de la période précédente.

[14] Jean-Baptiste Legavre, 2001, « Certains mots d’une réforme : Sciences-Po et la communication », dans Science des médias. Jalons pour une histoire politique, sous la dir. de Didier Georgakakis et Jean-Michel Utard, Paris, L’Harmattan, 250 p.

[15] Vérifier page.

[16]  Blumler, J.G., Cayrol, R., Thoveron, G., La télévision fait-elle l’élection ? , Paris, Presses de la FNSP, 1978.

[17] Voir Serge Berstein, Odile Rudelle, Le modèle républicain, Presses de Sciences-Po, 1992 ; voir aussi : Roger-Gérard schwartzenberg, L’état spectacle, essai sur et contre le star system en politique, Paris, Flammarion, 1977.

[18] L. Cohen-Tanugi, La métamorphose de la démocratie, Odile Jacob, 1989.  

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Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 22:53

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L'oeuvre d'Emile Zola,

 

Introduction: L’oeuvre de Zola se présente comme une oeuvre atypique. Malgré son manque de succès, ce roman représente pourtant la quintessence de la pensée zolienne du point de vue de la décadence. Comme le souligne Dancourt dans La revue générale de 1886, "Jamais l'auteur n'a écrit livre plus sombre, plus complètement désespérant." Ainsi, apogée de la décadence, nadir des Rougon-Macquart (puisque l’on y voit s’éteindre l’une des dernières branches sans filiation), il constitue donc un échantillon particulièrement pertinent pour nous permettre d'interroger l'idée de décadence qui hante l'oeuvre de l’auteur. Le principe n'est pas neuf, il est dans la plupart des esprits contemporains, et nourrit notamment nombre de théories “scientifiques” ou en tout cas considérées comme telles à l’époque. Mais ce roman, écrit par un auteur, trop souvent considéré, à tort, comme l’apôtre d’un mouvement progressiste en raison de son engagement dreyfusard, permet de questionner cette thématique de la décadence, ainsi que ses rapports avec l'art et la littérature. Contrairement à certains de ses contemporains qui voient dans la décadence une figure poétique, dernière réminiscence du romantisme ou expression du symbolisme naissant à la manière de Huysmans dans A Rebours ou des “décadents”[1]. Elle est ici la conséquence de phénomène scientifiquement observables, pour l’auteur, qui déterminent la vie des hommes. Nous voulons au travers de cette étude, montrer à quel point la psychologie appliquée aux sciences historiques peut-être fort utile pour comprendre les évolutions des schèmes perceptifs des acteurs.

Nous privilégierons prioritairement l'analyse des idées, afin de comprendre la logique décadentiste du roman, sans pour autant oublier les aspects sociaux et politiques qui entourent, façonnent et déterminent ces idées.

Si l’idée de décadence est déterminée par la société décrite, elle se trouve également au coeur du travail de l’artiste, héros (ou plutôt anti-héros), mais aussi, enfin, dans l’écriture même du roman, reflet d’une angoisse, inhérente à tout artiste.

 

 

1) La société de la décadence.

 

Fasciné par la Comédie humaine de Balzac, Zola chercha très tot à imaginer une oeuvre semblable pouvant rivaliser avec celle du maître. Fortement inspiré par les sciences (il souhaitait d'abord embrasser une carrière de scientifique), et plus particulièrement par le foisonnement des études sur l'hérédité, les tares génétiques, celui-ci voulut donc bâtir une littérature scientifique. L’époque se passionne en effet pour les sciences, leurs méthodes se précisent et le positivisme à son apogée s’étend même jusqu’aux sciences humaines (y compris en histoire ou Gabriel Monod, Charles Langlois et Charles Seignobos de donner un caractère scientifique à l’histoire, mais c’est aussi l’époque où se développent la sociologie autour  de Durkheim et de Weber). Mais la science n'est pas porteuse que d'espoir en cette fin de XIXème siècle. Toujours fascinante, elle prend des atours  inquiètes et révèle sous la plume d'une série d'auteurs qui inspireront Zola les misères d'une époque qui se dépeint elle-même comme plus corrompue que les autres.

On voit donc apparaître un nombre d’études se voulant scientifiques et souvent bâties autour du darwinisme social[2], ou expliquant les problème sociaux comme le crime, l'obscenité, la luxure, en bref tout ce qui peut apparaître déviant par la physiologie. Zola, particulièrement au faît[3] de cette recherche “scientifiques” (ou perçue comme telle pour l’époque) puise dans l'hérédité la trame de son ouvrage:  “Un roman qui aura pour cadre le monde artistique et pour héros Claude Dulac, autre enfant du ménage ouvrier. Effet singulier de l’hérédité transmettant le génie à un fils de parents illetrés. Influence nerveuse de la mère. Claude a des appétits intellectuels irresistibles et effrenés, comme certains membres de sa famille ont des appétits physiques. La violence qu’il met à satisfaire les passions de son cerveau le frappe d’impuissance. Tableau de la fièvre de l’époque, ce que l’on nomme la décadence et qui produit l’activité folle des esprits. Physiologie poignante d’un tempérament d’artiste à notre époque et drame terrible d’une intelligence qui se dévore elle-même”.[4]

Il s’inspira notamment des Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle du Dr Prosper Lucas (1850), mais aussi des travaux de Claude Bernard[5] (dont il reprend les concepts d’”élection” ou d’”innéité”), qu’il lut abondamment[6] afin de bâtir sa Comédie humaine: Les Rougon-Macquart. Zola a donc une vision déterministe de l’humanité, mûe pour lui par des passions incontrolables transmises par l’hérédité: « Posséder le mécanisme des phénomènes chez l'homme, montrer les rouages des manifestations intellectuelles et sensuelles telles que la physiologie nous  les expliquera, sous les influences de l'hérédité et des circonstances ambiantes, puis montrer l'homme vivant dans le milieu social qu'il a produit lui-même, qu'il modifie tous les jours, et au sein duquel il éprouve à son tour une transformation continue (...)le roman expérimental est une conséquence de l'évolution scientifique du siècle ; il continue et complète la physiologie, qui elle-même s'appuie sur la chimie et la physique; il substitue à l'étude de l'homme abstrait, de l'homme métaphysique, l'étude de l'homme naturel, soumis aux lois physico-chimiques et déterminé par les influences du milieu ; il est en un mot la littérature de notre âge scientifique, comme la littérature classique et romantique a correspondu à un âge de scholastique et de théologie.»[7]. 

Son oeuvre entière est d'ailleurs construite autour de cet effort scientifique. Le style même de Zola est dominé par cette scientificité. On ne s'étonnera pas donc de voir Zola écrire telle une machine à des heures régulières derrière son bureau, sans lien direct avec ce que d'autres appellent l'inspiration. Pour lui, l’écriture doit être une action raisonnée, encadrée par des lois, protégeant l’artiste de la dégénérescence et de l’échec.

On comprend mieux dès lors son mépris pour la psychologie qui lui a souvent été reproché. Ses personnages peuvent paraître en effet fantomatiques comparés à ceux par exemple de Balzac (puisqu’il s’agit de l’un de ses modèles). Leurs réflexions personnelles, les tourments de leurs esprits et surtout la richesse des relations personnelles, notamment entre parents si chers à Dostoievski, et Tolstoï, ne sont abordés que de manière superficielle.  Ainsi, là ou la Comedie humaine de Balzac évite le piège de la réification, Zola voit au contraire dans la permanence de l’héritage génétique et des tares qui lui sont attachés la cause des “malheurs de la société”. La série des Rougon-Macquart décrit donc la décadence d’une lignée qui sur plusieurs génération voit peser sur elle les tares de leurs ancêtres.

Ainsi, le personnage principal, pourtant devenu artiste, ce qui peut être considéré comme une ascension sociale (étant données ses origines laborieuses, sa mère est l’héroïne de l’Assomoir, il se trouve à jamais condamné, non pas par son passé, mais par celui de sa famille). Si dès son enfance, il a pu par un heureux hasard (il a été repéré par un vieux bourgeois pour ses talents de dessinateur et emmené par celui-ci à la campagne) fuire l’enfer familial, ce n’est que pour mieux sombrer quelques années plus tard, victime de l’anankê familiale. La mort de son fils hydrocéphale (représentation même de la famille viciée selon les théories scientifiques de l’époque), puis son propre suicide achève une des branches de la famille Macquart (son frère Jacques Lantier se suicidera, ainsi que sa soeur Nana). Son frère (Jacques Lantier, le héros de la Bête humaine) exprime très bien cette condamnation, lorsqu’il ressent peser sur lui le poids de ses ancêtres alcooliques[8]).

Mais la vision zolacienne de la décadence n’est pas seulement dépendante de l’hérédité, mais aussi d’un environnement social (nous pouvons voir là l’influence du darwinisme) censé déterminer les tares qui seront ensuite pourvoyées par l’hérédité.

Les marginaux (Adelaîde Fouque, héroïne de La fortune des Rougon et à l’origine de la dynastie est d’abord mariée à un jardinier, puis vit en concubinage avec un contrebandier, avant de mourir folle, comme Claude Lantier) déjà pauvres sont donc en outre condamnés par les tares que leurs descendants (même s’ils parviennent à s’élever dans l’échelle sociale) porteront pendant des générations[9]. Zola ne condamne pas à jamais les plus pauvres, dont il s’est voulu le défenseur, mais préconise à la manière de Le Play par exemple de prendre des mesures pour éviter qu’ils s’adonnent à leurs vices. Zola donne en effet à la peinture naturaliste des milieux un but humanitaire : "Quand les temps auront marché, quand on possédera les lois, il n'y aura plus qu'à agir sur les individus et sur les milieux, si l'on veut arriver au meilleur état social. C'est ainsi que nous faisons de la sociologie pratique et que notre besogne aide aux sciences politiques et économiques. [...] Être maître du bien et du mal, régler la vie, régler la société, résoudre à la longue tous les problèmes du socialisme, apporter surtout des bases solides à la justice en résolvant par l'expérience les questions de criminalité, n'est-ce pas là être les ouvriers les plus utiles et les plus moraux du travail humain ?"[10]

L’artiste est selon la typologie Zolienne parmi les meilleurs représentants de la décadence moderne est donc un sujet d’étude particulièrement privilégié.

 

 

2) L’artiste: objet privilégié de la décadence.

 

Et d’ailleurs quoi de mieux que l’art pour représenter cette décadence sociétale. Combien d’artistes sont la représentation même de l’idée que l’on se fait du décadent à cette époque, menant une vie de bohème (pour certains), teintée d’alcool, de voyages et des plus grandes excentricités. Certains artistes en cette fin de siècle se revendiquent même de cette décadence[11]. Ils ont ainsi le  quasi- monopole de la représentation de la dépravation dans les romans de l’époque, avec les prostituées bien sûr, mais aussi les prêtres (déchristianisation aidant). Ce n’est pas par hasard, que Zola dans son classement des catégories sociales, les regroupe ensemble dans une tierce catégorie, celle du “monde à part” (les marginaux)[12].

Mais en faisant de Claude Lantier un peintre, Zola a aussi mis la peinture sur la scélète, et plus particulièrement l’impressionisme.

L’oeuvre de Zola est donc le plus souvent perçue comme une critique acerbe de l’impressionisme. En effet, dans le flou des oeuvres produites par Claude, dans leur description délirante ("La déesse, noyée dans un fleuve de lait, a l'air d'une délicieuse lorette, non pas en chair et en os - cela semblerait indécent - mais en une sorte de pâte d'amande blanche et rose"[13]), voire abstraite, on semble retrouver les critiques faites à la même époque contre le travail des impressionistes. Pourtant la chose peut étonner un peu lorsque l’on sait que Zola s’est efforcé de défendre les impressionistes dans sa jeunesse. Alors l’un des principaux critiques d’art pour la presse, il a défendu avec ferveur leurs oeuvres et les a souvent fréquenté. Il intègre ainsi avec Cézanne à partir de 1863 le groupe des Batignolles. Il a donc allégrement fréquenté les plus grands artistes de son temps et gardé des contacts atroits.
Il a même cru voir dans l’oeuvre de Monet par exemple, l’expression du naturalisme qui lui est chère[14].

Néanmoins, ne constatant pas l’évolution qu’il attendait vers le naturalisme des impressionnistes; il s’en détourna dès 1979 et ses critiques devinrent de plus en plus acerbes, jusqu’à la rédaction de L’oeuvre: “selon moi, on doit bien saisire la nature dans l’impression d’une minute sur la toile, par une facture largement étudiée”[15].

Les impressionnistes lui semblent travailler trop vite et trop mal: “Le grand malheur,  c’est que pas un artiste de ce groupe n’a réalisé ^puissaùùent et définitivement la formule nouvelle qu’ils apportent tous éparses dans leurs oeuvres(...) ce sont tous des précurseurs, l’homme de génie n’est pas né(...) Ils (les impressionnistes) se montrent incomplets, illogiques, exagérés, impuissants (...) ils restent inférieurs à l’oeuvre qu’ils tentent, ils bégayent sans savoir trouver le mot”[16].

Il leur reproche de s’être éloignés de la vision réaliste du monde et de plonger dans l’abstraction. A notre avis, il est plutôt nécessaire de s’interroger sur le durcissement de la conception que Zola donne à son naturalisme. Il reprochera ainsi aux impressionnistes leurs mièvreries, en parlant de Monet et de son tableau Camille "...voilà un homme dans la foule de ces eunuques...". Ainsi, Zola n'aimait pas la peinture faite de "ciel de pacotille, toute de clinquant et de papier de soie...".

A propos de Manet, il explique sa longue lutte pour s'imposer "par la difficulté qu'il rencontre dans l'exécution, sa main n'égale pas son oeil. Il n'a pas su se constituer sa technique...Lorsqu'il réussit un tableau, celui-ci est hors ligne... mais il lui arrive de s'égarer et alors ses toiles sont imparfaites et inégales...”[17]

En 1889, Zola refusera de participer à la souscription pour l'achat de l'Olympia. La même année, Huysmans racontera perfidement à Goncourt que "dans cette maison (de Zola) qui ne possède pas un objet d'art, le portrait de Zola par Manet on l'a relégué dans l'antichambre".

D’ailleurs, les impressionnistes ne s’y sont pas trompés en voyant dans cet ouvrage une attaque contre leur travail. Les lettres envoyées à Zola, suite à leur lecture de l’oeuvre nous permettent d’en juger.  Si aucune rancoeur n’est perceptible dans la lettre de réponse de Cézanne[18], elle n’en est pas moins le dernier contact de celui-ci avec l’auteur. Monet s’inquiète beaucoup, pour sa part, de ce texte, comme il l’écrit à Zola: “Je viens de le lire (l’oeuvre) et je reste troublé, inquiet, je vous l’avoue. Vous avez pris soin, avec intuition, que pas un seul de vos personnages (et pourtant j’ajouterions-nous) ne ressemble à l’un de nous, mais malgré cela, j’ai peur que dans la presse et le public, nos ennemis ne prononcent les noms de Manet ou tout au moins les notres pour en faire des retés, ce qui n’est pas là votre esprit, je ne veux pas le croire. Excusez-moi de vous dire cela. Ce n’est pas une critique: j’ai lu l’oeuvre avec un très grand plaisir, retrouvant des souvenirs à chaque page. Vous savez du reste mon admiration fanatique pour votre talent. Non; mais je lutte depuis un assez long temps et j’ai des craintes qu’au moment d’arriver, les ennemis ne se servent de votre livre pour nous assommer”. [19]

Le peintre Guillemet d’abord enthousiaste, se ravise: “Je vous fais tous mes compliments. C’est de toute pièce oeuvre de création plutôt que d’observation, n’est-ce pas? Très empoignant mais très attristant livre en somme. Tout le monde y est découragé, fait mauvais, pense mauvais. Gens doués de génie ou ratés finissent tous par faire mauvaise besogne:vous-même à la fin du livre êtes-vous démonté et voyez tout en noir: c’est du pessimisme puisque le mot est à la mode” [20].

Entre Claude et les impressionnistes les similitudes sont troublantes. Comme Monet, Manet et consors, Claude est rejeté par les salons, en raison de son avant-gardisme: “Ainsi, nous assistons à ce grand spectacle étonnant: une poignée d’artistes, persécutés, raillés dans la presse, où l’on n’en parle qu’en se tenant les côtes, se présentant néanmoins comme les véritables inspirateurs du Salon officiel d’où ils sont chassés”[21]. D’ailleurs, son existence présente de nombreuses similitudes avec celle de Manet ou de Cézanne. La vie familiale désastreuse de Claude ressemble fort à celle de Manet, quant au caractère de Claude il rapproche celui-ci de Paul Cézanne. Si l’auteur s’en est souvent défendu, la lecture de ses carnets d’enquêtes suffisent à s’en assurer: “C’est le génie incomplet, sans réalisation entière, il ne manque que peu de choses, il est un peu en deça ou au-delà dans sa physiologie. Je rajoute qu’il a produit quelques morceaux absolument merveilleux: un Monet, un Cézanne dramatisé, plus près de Cézanne”[22].

D’ailleurs, ses critiques à l’égard de la peinture de Cézanne font étrangement penser à l’oeuvre de Claude: "les toiles si fortes de ce peintre peuvent faire sourire les bourgeois, elles n'en indiquent pas moins les éléments d'un très grand peintre. Le jour où Paul Cézanne se possédera tout entier, il produira des oeuvres tout à fait supérieures".[23]

En outre, les tableaux de Claude sont fortement inspirés par les oeuvres d’impressionnistes contemporains. Ainsi, le premier tableau important de Claude, Plein air, fait étrangement penser au déjeuner sur l’herbe de Manet. Claude peint obstinement des séries comme Monet (Cathédrale de Rouen, les Meules, les Nymphéas plus tard), et sa dernière oeuvre ressemble étrangement aux Déchargeurs de charbon du même Monet.

En réalité, Claude est un personnage composite qui s'inspire de la réalité mais demeure un personnage de fiction. Mais les attaques envers les impressionnistes n’en sont pas moins réelles.

Les impressionnistes, représentent bien ces artistes incapables de finir leurs oeuvres, ils “restent inférieur à l’oeuvre qu’ils tentent, ils bégayent sans pouvoir trouver le mot”[24].

Ne répondant plus que par le naturalisme, l’auteur n’est plus à même de comprendre les évolutions du courant qu’il avait soutenu: “Zola sait parfaitement pour avoir usé de cette justification à propos de ses propres oeuvres, que l’artiste imprime sur tout ce qu’il crée la marge de son tempérament, mais il ne peut accepter ni même sans doute concevoir l’idée que le langage de la ligne et de la couleur pourrait obéir à des lois qui ne soient pas celles d’un illusionnisme pictural réglé sur un visible qui est, aux différences de tempérament près, le même pour tous. Or, ce sont les nouvelles lois de la visibilité, ce nouveau code expressif qui sont en train de s’introduire avec les impressionnistes et surtout avec Cézanne, dont la réaction glaciale après la lecture de l’oeuvre montre à quel point il s’est senti mis en cause, que Zola l’ait voulu ou non. Le peintre fou n’est plus, dès lors, ou plus seulement, l’artiste qui s’est élevé au-dessus de la condition humaine, qui a voulu rivaliser avec Dieu, qui s’est épris des créatures issues de ses romans: c’est celui qui s’est isolé de la communauté des hommes qui parlent un même langage”.[25]

C’est d’ailleurs parce que Claude n’est plus naturaliste que sa peinture devient le symbole de sa décadence: “Le corps mince et grâcieux de Christine jeune est digne de l’attention du peintre naturaliste, c’est un aspect de la réalité. Mais plus tard, Claude veut la peindre comme elle était naguère, non comme elle est maintenant, comme elle est devenue. Claude, à cette époque, n’est évidemment plus naturaliste”[26]. L’artiste tel que le rêve Zola serait une sorte de “dictateur” comme il le dit, qui saurait prendre en un trait la réalité du monde[27].

Comme nous l’avions vu avec Spengler, ou encore avec Michel Rocard, une frustration personnelle est souvent à l’origine de toute pensée décadentiste. Celle-ci disculpe ainsi l’auteur qui n’est plus fautif de son manque de succès, puisque c’est en fait la société qui est décadente et donc incapable de le comprendre lui, seule source de raison. Nombre de critiques littéraires et d’historiens de la littérature montrent en effet la part autobiographique dans L’oeuvre de Zola.

 

 

3) La décadence: une angoisse personnelle?

 

Dès son premier projet, l’auteur voulait faire de cet ouvrage une réflexion sur le travail de l’artiste, pas seulement du peintre, mais celui de tout auteur dans son travail de création: "Avec Claude Lantier, je veux peindre la lutte de l'artiste contre la nature, l'effort de la création dans l'oeuvre d'art, effort de sang et de larmes pour donner sa chair, faire de la vie : toujours en bataille avec le vrai et toujours vaincu, la lutte contre l'ange. En un mot, j'y raconterai ma vie entière de production, ce perpétuel accouchement si douloureux ; mais je grandirai le sujet par le drame, par Claude qui ne se contente jamais, qui s'exaspère de ne pouvoir accoucher son génie et qui se tue à la fin devant son oeuvre irréalisée." [28]

Cette question de l’artiste en lutte avec son travail est omniprésente dans L’oeuvre: d’abord dans le titre même de l’ouvrage choisi après de multiples réflexions[29]. Le mot a une connotation plus noble qu'ouvrage ou travail. N'oublions pas que la devise de Zola, inscrite dans son bureau, était :"nulla dies sine linea" (aucun jour sans une ligne). Cette vertu affirmée du travail est présente dans la dernière réplique du roman, après l'enterrement de Claude : "Allons travailler".

Dans cette décadence de l’être n’est-ce pas donc l’auteur lui-même qui exprime sa crainte face à l’incertitude permanente de l’artiste, face aux tiraillements de la création?

Pour renforcer cette conviction, nous pouvons à nouveau nous référer à ses carnets de notes truffés de références personnelles. Plus que  d’accoutumée, l’auteur se trouve derrière chacun de ses personnages, qui y ont d’ailleurs pour rôle de représenter une part de sa personne: “en un mot, j’y raconterai ma vie intime de producteur, ce perpétuel accouchement si douleureux (...) Avec Claude Lantier, je veux peindre la lutte de l’artiste contre la nature, l’effort de la création dans l’oeuvre d’art, effort de sang et de larmes pour donner sa chair, faire de la vie, toujours en bataille avec le vrai, et toujours vaincu, la lutte contre l’ange. En un mot, j’y raconterai ma vie de producteur, le perpétuel accouchement si douleureux, mais je grandirai le sujet par le drame, par claude qui ne se contente jamais”. [30]

Il met ainsi en valeur, la part de trahison de l’acte créatif, et l’imperfection forcée de l’oeuvre face à l’idée qui l’a nourri. En faisant poser nue Christine, Claude la corrompt “Claude, d'un geste, dit qu'il avait fini ; et, redevenu gauche, il bouscula une chaise pour tourner le dos plus vite ; tandis que, très rouge, Christine quittait le divan. En hâte, elle se rhabilla, dans un grelottement brusque, prise d'un tel émoi, qu'elle s'agrafait de travers, tirant ses manches, remontant son col, pour ne plus laisser un seul coin de sa peau nue. Et elle était enfouie au fond de sa pelisse, que, lui, le nez toujours contre le mur, ne se décidait pas à risquer un regard. Pourtant il revint vers elle, ils se contemplèrent, hésitants, étranglés d'une émotion qui les empêcha encore de parler. Etait-ce donc de la tristesse, une tristesse infinie, inconsciente et innommée ? car leurs paupières se gonflèrent de larmes, comme s'ils venaient de gâter leur existence, de toucher le fond de la misère humaine.”[31] L’oeuvre corrompt, elle détruit, comme l’avait déjà souligné Edgar Allan Poe dans le Portrait ovale ou La chute de la maison Usher.

Comme le souligne Henri Mittérand plus que de s’interroger sur la personne qui se cache derrière Claude Lantier, il vaut mieux retourner le raisonnement, et voir derrière Claude l’angoisse même de l’auteur:  “Zola, malgré la précaution qu’il a pris d’incarner l’art dans deux personnages, un peintre et un écrivain, revient à sa propre expérience et attribue à la création picturale une même démarche abstraite qu’à la création littéraire. Parmi toutes les ambiguités qui susbsisteront chez le personnage de Claude, celle-là n’est pas la moindre. Claude se sert des outils de peintre, mais il se sent et pense en écrivain. Bien mieux, ou bien pire, son tableau naît et se développe à la manière des romans de Zola: “Premier état de l’oeuvre, langueur du détail, recommencements”. C’est l’histoire de toutes les oeuvres, dans tous les arts, certes, mais c’est aussi, dans ce contexte, le reflet exact des dossiers préparatoires des Rougon-Macquart. C’est là-dessus, plus que sur les rapports hypothétiques de Claude avec Cézanne, Manet ou tel autre peintre que la critique moderne pourrait marquer un point contre Zola.”[32]

Il avoue lui-même cette part autobiographique: dans une lettre à Céard, il confesse : "c'est un roman où mes souvenirs et mon coeur ont débordé."[33]

Mais il faut aussi fermement nuancer ce point de vue. En effet, si l’on peut trouver des traces de Zola dans le personnage de Claude, c’est surtout dans Sandoz, le “Claude qui aurait réussi” que l’on trouve l’auteur. En effet, on peut remarquer que Sandoz a suivi le même itinéraire que Zola, la même ascension sociale et partage les idées artistiques de Zola. De nombreux détails permettent de confirmer ce parallèle.

Sandoz est travailleur. La devise de Zola est "nulla dies sine linea" La dernière phrase du roman prononcée par Sandoz est "allons travailler."

Sandoz reçoit en outre le jeudi ses amis artistes comme Zola dans sa propriété de Médan (il partage comme Zola le goût de la bonne chère et des bibelots), et tout comme lui, il déménage à plusieurs reprises ce qui symbolise son ascension sociale tout comme Zola.

Tout comme Zola, Sandoz vénère la science dont il fait une des sources essentielles pour les romanciers: .”Bien sûr, c'est à la science que doivent s'adresser les romanciers et les poètes, elle est aujourd'hui l'unique source possible. Mais, voilà ! que lui prendre comment marcher avec elle ? Tout de suite je sens que je patauge… Ah ! si je savais, si je savais, quelle série de bouquins je lancerais à la tête de la foule !"[34]

Sandoz constitue à notre avis le portrait inversé de Claude. Si une angoisse réelle de l’auteur se cache derrière celui-ci, la peur perpétuelle de la décadence, Sandoz a pour rôle de rassurer Zola, mais également de montrer le modèle du bon artiste selon l’auteur. Celui-ci conçoit l’artiste comme un homme capable de maîtriser ses passions.  Si Sandoz et Claude sont durant leur jeunesse portés par le même engouement, Sandoz parvient à calmer sa fougue, alors que Claude  s’en révèle incapable:

"Ah ! tout voir et tout peindre ! reprit Claude, après un long intervalle. Avec des lieues de murailles à couvrir, décorer les gares, les halles, les mairies, tout ce qu'on bâtira,quand les architectes ne seront plus des crétins ! Et il ne faudra que des muscles et une tête solides, car ce ne sont pas les sujets qui manqueront....Hein ? la vie telle qu'elle passe dans les rues, la vie des pauvres et des riches, aux marchés, aux courses, sur les boulevards, au fond des ruelles populeuses ; et tous les métiers en branle ; et toutes les passions remises debout, sous le plein jour ; et les paysans, et les bêtes, et les campagnes !...On verra, on verra, si je suis pas une brute ! Oui ! toute la vie moderne ! Des fresques hautes comme le Panthéon ! Une sacrée suite de toiles à faire éclater le Louvre !"[35]

 

 

 

 

 

Conclusion:

 

Cet ouvrage nous permet de mettre en relief l’importance de l’idée de décadence dans la “France fin de siècle”. Il permet également de nuancer la vision souvent répandue d’un Zola de gauche, et défenseur du progrès. Comme nous avons souhaité le montrer ici, Zola développe une vision de la société, très inspirée de l’esprit scientifique du temps, où la décadence est omniprésente puisqu’elle est une des conséquences du déterminisme social qu’il souligne.

L’artiste, et particulièrement ici, les impressionnistes deviennent ainsi les témoins de cette décadence qui se développe au sein de la société. Mais cette décadence est aussi à notre avis l’expression même de l’angoisse de tout artiste face à son oeuvre que l’auteur parvient ici à exprimer au travers de deux personnages l’un représentant l’artiste décadent et la crainte de l’auteur et l’autre l’artiste réussi.

 

 

 

Bibliographie:

 

Ouvrage:

-Emile Zola, L’oeuvre dans  Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990.

-Henri Mitterand, Zola, 3 tomes, Fayard, 1999-2001.

-La décadence dans la culture et la pensée politique européennes (XVIIIe-XXe siècle), Actes du colloque École Française de Rome, Automne 2004.

- Pierre Citti, Contre la décadence : Histoire de l'imagination française dans le roman, 1890-1914, PUF, 1987.

- Margaret Sankey, « Zola’s L’Œuvre and Cézanne: The Art and Politics of Friendship », Repenser les processus créateurs, Bern, Peter Lang, 2001, p. 97-114.

- Patrick Brady, « La Théorie du chaos et L’Œuvre : peinture, structure, thématique », Les Cahiers naturalistes, 1992, no 38 (66), p. 105-12.

-Robert Niess, Zola, Cézanne and Manet: A study of L’oeuvre, The University of Michigan Press, 1969.

-Patrick Brady, “L’oeuvre” d’Emile Zola, Genève, Droz, 1968.

 

Sites internet:

 

http://pharouest.ac-rennes.fr/e352009U/lycee/lettres/pajennou/accsau.htm.

 

http://www.karimbitar.org/emilezola_mitterand.

 

http://www.site-magister.com/zola.htm

 

 



[1] Louis Forestier, Germain Nouveau et le mouvement décadent, L'Esprit créateur, Poètes maudits ou décadents, Minneapolis, printemps 1969.

[2] Forme dévoyée du darwinisme postulant une lutte naturelle entre les hommes, dont le pendant racialiste s’attache à démontrer scientifiquement l’inégalité entre les “races”.

[3] Si l’on suit Henri Mitérand dans Henri Mittérand, Zola, Paris, Fayard, 1999-2001.

[4] Avant-propos des Rougon remis en 1869 à l’éditeur Lacroix (BNF, département des manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises, n°10303, f°62. 

 

[6] Henri Mittérand, Zola, Paris, Fayard, 1999-2001.

[7] Emile Zola, Le roman expérimental, Paris, 1880.

[8] Zola, La Bête humaine dans Zola, Oeuvres complètes, op. cit., 1990.

[9] “J'ai voulu peindre la déchéance fatale d'une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l'ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l'oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement, la honte et la mort. C'est de la morale en action, simplement. [...] C'est une œuvre de vérité, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple. Et il ne faut point conclure que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu'ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent.” Emile Zola, Préface de L'Assommoir (1877).

[10] Emile Zola, Le roman expérimental, Paris, 1880.

[11] Louis Forestier, Germain Nouveau et le mouvement décadent, L'Esprit créateur, Poètes maudits ou décadents, Minneapolis, printemps 1969

[12] ESA, “Le naturalisme au salon”, Juin 1880, p. 230.

[13] Emile Zola, L’oeuvre dans  Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1340

[14] Henri Mittérand, Zola. La vérité en marche, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », 1995

[15] ESA, “Le naturalisme au salon”, Juin 1880, p. 420

[16] Ibid, p. 422

[17] ESA, “le naturalisme au salon, Juin 1880, p. 422-423.

[18] Patrick Brady, “L’oeuvre” d’Emile Zola, Genève, Droz, 1968, p. 407.

[19] Ibid, p. 411.

[20] Correspondance, Tome V, Presses de l’Université de Montréal/CNRS, 1985, p. 112.

[21] ESA, Lettres de Paris, Nouvelles artistiques et littéraires, Juillet, 1879, p. 349.

[22] Zola, Carnets d’enquêtes, Bibliothèque Nationale de France, f°265.

[23] ESA, op. cit., 1877, p. 245.

[24] ESA, “le naturalisme au salon, Juin 1880, p. 422-423.

[25] Max Milner, Romantisme, N°66, 1989, p. 19-20.

[26] Henri Mittérand, préface à L’oeuvre dans Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1354.

[27] Ibid, p. 1350.

[28] Emile Zola, Les manuscrits et les dessins de Zola, Paris, Textuel, 2002, p. 305.

[29] Emile Zola, L’oeuvre dans  Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1360.

[30] Avant-propos des Rougon remis en 1869 à l’éditeur Lacroix (BNF, département des manuscrits, Nouvelles acquisitions françaises, n°10303, f°265),

[31] Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1380.

[32] Henri Mittérand, préface à L’oeuvre dans Zola, oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1358.

[33] Correspondance, Tome V, Presses de l’Université de Montréal/CNRS, 1985, p. 209.

[34] Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1454.

[35] Zola, Oeuvres complètes, Pléiade IV, 1990, p. 1457.

Par PEG
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Lundi 27 décembre 2010 1 27 /12 /Déc /2010 08:28

Arriviamo al 3 dicembre 2008. Dopo sette mesi che chiede inutilmente copia degli atti su Why Not con le buone, la procura di Salerno va a prenderseli con la polizia giudiziaria: sequestra gli atti e comunica a un bel po' di magistrati calabresi che sono indagati per il mega complotto ipotizzato contro il loro collega.

L’accusa che motiva il decreto è di “corruzione in atti giudiziari”, in sostanza di essersi venduti le indagini di De Magistris in cambio di favori. De Magistris sarebbe stato privato delle sue inchieste perché venissero date a colleghi più malleabili, che con i soliti giochi di prestigio (stralci, archiviazioni, parcellizzazione del materiale ecc…), avrebbero insabbiato tutto. Ma c’è spazio anche per abuso, falso e favoreggiamento. I magistrati coinvolti sono ben sette.

Scrivono i pm di Salerno, in un decreto di perquisizione di 1700 pagine, dunque perfettamente motivato, che il procuratore Lombardi e il suo aggiunto Murone, hanno revocato a De Magistris l'inchiesta Poseidone solo perché era stato indagato il senatore Pittelli, e che dopo avergliela tolta l’hanno fatta stagnare per molti mesi; che tale inchiesta è stata volutamente disintegrata dai magistrati che sono stati chiamati a occuparsene dopo; che l'altra inchiesta avocata a De Magistris, la Why Not, gli viene tolta dal procuratore generale Dolcino Favi solo in quanto coinvolge Mastella, e che il fascicolo viene poi dato ad altri pubblici ministeri che, dolosamente, spezzettano il quadro complessivo dell'accusa, lo parcellizzano e lo polverizzano; che uno dei protagonisti di questo esproprio dell'indagine, il procuratore aggiunto Murone, si è visto assumere dei parenti da Saladino (si fanno i nomi di un cugino e un protetto di Murone che lavorerebbero con la Why Not dell’imprenditore); che  Pittelli, indagato anche nella Why Not oltre che nella Poseidone, ha fatto favori -come abbiamo visto prima- al figliastro del procuratore Lombardi; che il solito trio Favi-Murone-Lombardi, dopo aver tolto l'indagine a De Magistris, ha anche revocato l'incarico al suo consulente informatico-telefonico, il famoso Genchi, il mago degli incroci dei tabulati telefonici, per non rischiare - scrivono i magistrati nell'accusa– che scoprisse qualcosa anche senza De Magistris; che gli hanno mandato pure il Ros dei Carabinieri a portar via un pezzo del suo archivio, con risultati dannosi per l'inchiesta. Quanto ai magistrati che sono subentrati a De Magistris dopo la sua revoca -il nuovo procuratore generale Iannelli, i due PM che si sono occupati dell'inchiesta Poseidone, e Favi-, sono accusati di abuso, falso e favoreggiamento, perché avrebbero indagato, tramite il Ros dei Carabinieri, sul consulente Genchi, senza iscriverlo nel registro degli indagati, dunque acquisendo illegalmente informazioni sul suo lavoro; lo avrebbero fatto con la volontà precostituita di dimostrare falsamente che Genchi commettesse dei reati nelle sue indagini per conto di De Magistris; alla fine, tutto questo sarebbe servito a chiedere l'archiviazione della posizione di Mastella. E infatti nell'indagine Why Not, dopo l’avocazione, la posizione di Mastella viene stralciata e si chiede e ottiene l'archiviazione. Ma i magistrati di Salerno scoprono che nella richiesta di archiviazione al Gip i pm subentrati a De Magistris non mettono tutte le carte disponibili a carico del Ministro: se ne tengono alcune e ne mandano soltanto una parte al GIP che dunque archivia perché non ha il quadro complessivo. Inoltre sono accusati di aver tralasciato una serie di indagini che, se approfondite, avrebbero potuto portare la posizione di Mastella in condizioni più critiche rispetto a quelle già emerse (ci sono tutte le testimonianze dei consulenti, oltre a Genchi anche il consulente contabile, Sagona, i quali denunciano che i magistrati subentrati a De Magistris non gli consentivano di approfondire le piste che loro ritenevano promettenti).

In realtà i pubblici ministeri che hanno preso Why Not e Poseidone sono tutti accusati di favoreggiamento nei confronti di una lunga serie di politici e personaggi di livello nazionale: è un fatto che i nuovi arrivati hanno fatto archiviare e prosciogliere tutti i politici e i personaggi nazionali concentrandosi soltanto su alcune figure locali.
Avviene dunque l’incriminazione e la perquisizione. In tutta risposta Iannelli, il procuratore generale di Catanzaro, se ne va in TV a strillare che l'atto di Salerno è eversivo, ordina il controsequestro degli atti che gli sono stati appena sequestrati e incrimina i colleghi di Salerno. Ma non può farlo: sui magistrati di Catanzaro indaga Salerno, ma su quelli di Salerno indaga Napoli. Non sono possibili competenze incrociate, che comporterebbero la situazione paradossale (paradossale fino a ieri) di un indagato che indaga sul suo indagatore. Se a Catanzaro ritenevano che la perquisizione fosse illegittima l’unica via lecita era appellare il decreto di sequestro presso il Tribunale del Riesame di Salerno; se poi ritenevano che i pm di Salerno si fossero macchiati di reati, potevano solo chiederne l’incriminazione alla Procura di Napoli.

Vi è a questo punto una fulminea reazione del Quirinale, che non ha precedenti: il Capo dello Stato richiede alla procura di Salerno di inviargli gli atti appena sequestrati, giustificando questa iniziativa così inedita  (non si era mai visto il Capo dello Stato che chiede degli atti a una procura, per giunta che non ha violato la legge) con la necessità di “conoscere meglio una vicenda (la perquisizione) senza precedenti che presenta profili di eccezionalità, con rilevanti, gravi implicazioni, primo tra tutti quello di determinare la paralisi della funzione giudiziaria processuale” (la Why Not era pendente presso l’ufficio di Catanzaro, languendo da mesi, e il sequestro l’avrebbe interrotta per ben due giorni!). Sono motivazioni francamente oscure: una perquisizione su una procura non è, grazie al cielo, un atto senza precedenti, i magistrati sono soggetti alla legge come tutti gli altri cittadini, quindi esposti a qualunque provvedimento giudiziario se sospettati di reati; e appare quantomeno sproporzionata l’apprensione del Capo dello Stato per questo stallo di due giorni (il tempo necessario a fotocopiare gli atti di Why Not e di restituirli) in un Paese in cui i processi durano dieci anni

Il titolo che campeggiava il giornio dopo su tutti i giornali è "Guerra fra procure", "Guerra fra PM", "Scontro fra procure”, “Scontro tra Pm”, seguito dal sottotitolo ”Interviene Napolitano", la prima riga a giustificare la seconda: se c'è effettivamente una guerra fra bande, se davvero Salerno e Catanzaro stanno sullo stesso piano e se le suonano vicendevolmente, ben venga l'intervento dei pompieri, alias Quirinale e Consiglio Superiore della Magistratura. Nel decreto di perquisizione emergono elementi scandalosi. Ma i giornali non accennano neppure ai fatti che emergono da tale decreto, bensì si dilungano sulla “guerra tra procure”. Che non esiste: perché da una parte c'è un atto legittimo della procura di Salerno, al quale si risponde, dall’altra parte, con atti abusivi e abnormi da Catanzaro.
Apoteosi finale: il CSM nel giro di 24 ore – prodigiosa la capacità dimostrata, di leggersi 1700 pagine in 24 ore - valuta il tutto e propone al plenum di trasferire sia il procuratore generale di Catanzaro, sia quello di Salerno. Pari e patta. Guerra fra procure.
Tre settimane fa si aggiunge al coro il ministro Alfano: ha chiesto al Csm di cacciare dalla magistratura (non di spostare in un altro ufficio, proprio di cacciare dalla magistratura) il procuratore capo di Salerno, Apicella, e di levargli lo stipendio subito; ha chiesto ancora di trasferire ad altra sede i due magistrati che hanno materialmente condotto l'inchiesta, Verasani e Nuzzi. Nel motivare questa gravissima sanzione, il ministro scrive che Apicella e i sostituti Nuzzi e Verasani si sono macchiati di “assoluta spregiudicatezza, mancanza di equilibrio e atti abnormi nell'ottica di una acritica difesa del PM De Magistris con l'intento di ricelebrare i processi che sono stati a lui avocati”.
I giornali hanno registrato con ampio risalto queste motivazioni del ministro. Senza ricordare ai lettori alcuni elementari principi: può il ministro della giustizia scrivere quello che ha scritto? E' mai successo? No. La verità è che non esiste nella storia dell'Italia unita, né repubblicana né monarchica, un’atto del genere. Il ministro sta sindacando il contenuto, il merito, di un provvedimento giudiziario. Lo può fare il ministro? No. Se spettasse al ministro stabilire se è giusto o non è giusto quello che hanno ipotizzato nelle loro inchieste i magistrati, vorrebbe dire che ogni volta che un giudice fa una sentenza che non piace al governo, o che un Pubblico Ministero fa un'ipotesi investigativa che non piace al governo, quel giudice viene mandato via, o viene trascinato davanti al Consiglio Superiore. Sarebbe gravissimo se il vaglio delle inchieste fosse affidato al ministero della giustizia, cioè al governo, cioè alla maggioranza politica e non, invece, ai regolari gradi di giudizio.

L'unico organo abilitato a dichiarare illegittimo, spregiudicato, privo di equilibrio, abnorme, acritico quel decreto di perquisizione, era il Tribunale del Riesame di Salerno. E cosa ha fatto il Tribunale del Riesame di Salerno? Ecco, questa è la notizia che, al contrario degli anatemi di Alfano, i giornali non hanno riportato: alcuni imputati, a cominciare dall'ex procuratore Lombardi, il senat re di Forza Italia Pittelli, Antonio Saladino ecc, hanno fatto ricorso al Riesame per chiedere l'annullamento del decreto di perquisizione; bene, lo stesso giorno in cui in ministro Alfano emette il suo atto di incolpazione, il Tribunale del Riesame di Salerno respinge i ricorsi dei quattro indagati, li condanna a pagare le spese processuali e dichiara fondato, legittimo, impeccabile il provvedimento di sequestro, confermando i presupposti di legittimità e di merito.

È una notizia clamorosa, in quanto contraddice la valutazione espressa quello stesso giorno dal Ministro della giustizia, nonché le posizioni assunte sia dal Presidente della Repubblica sia dal Csm. Ma di questo nessun quotidiano, la mattina dopo, fa il minimo cenno, mentre riporta pedissequamente  le accuse indebitamente avanzate da Alfano.

Il 19 gennaio, nonostante la sentenza del Riesame, il CSM sospende Apicella dalle funzioni e dallo stipendio e ordina il trasferimento dei suoi due pm, Nuzzi e Verasani. Per via di un provvedimento che l'unica sede legittima per valutarlo, il Riesame, ha confermato in toto.

Sul versante di Catanzaro, si limita a trasferire il procuratore generale Jannelli e il suo sostituto (nulla a che vedere con la sospensione), lasciando al loro posto, invece, i pm Domenico de Lorenzo e Salvatore Curcio., attuali titolari di Poseidone e Why not
“C'è un decreto di sequestro? se uno non lo ritiene fondato si rivolge al Tribunale del Riesame, non al Ministro della Giustizia,, al Capo dello Stato, al CSM o all'opinione pubblica, come ha fatto Iannelli. Anche perché sono pochi i cittadini con un Ministro, un Capo dello Stato o un Parlamento a portata di mano, che possa saltar fuori all’occorrenza per contestare provvedimenti del giudice che a quei cittadini non sono piaciuti. È una cosa che possono permettersi in pochi e quindi che non si puo fare. Il Riesame ha bocciato il ricorso? In uno stato di diritto a questo punto la partita è chiusa. O meglio. Può continuare impugnando la sentenza del Riesame davanti alla Cassazione. Ma questi signori hanno la fortuna di avere la scorciatoia e quindi, anche per non rischiare una seconda batosta dalla Cassazione, vanno a frignare dal Ministro. Qui si stanno mettendo i discussione i principi dello stato di diritto”. Travaglio conclude paragonando la storia di questo anno e mezzo  a quella dei “Dieci piccoli indiani”: prima viene cacciato il Vescovo Bregantini perché denuncia certi malaffari tra politica e malavita.
Poi viene esautorato il Pubblico Ministero De Magistris: gli tolgono le inchieste, poi tolgono lui.
Poi tolgono i suoi consulenti, uno dopo l'altro.
Poi cacciano il capitano Zaccheo, il carabiniere che collaborava con De Magistris e che viene trasferito in Abruzzo.
Poi cacciano la Forleo che è andata in televisione a difendere De Magistris.
Poi il Corriere della Sera non fa più scrivere sul caso De Magistris Carlo Vulpio, che ci lavorava da un anno e che quindi qualcosa ne capiva. Certo non avrebbe scritto, la mattina dopo il suo sollevamento, di “Guerra tra procuer”.
Poi i magistrati di Salerno scoprono che De Magistris potrebbe avere ragione. Ecco, De Magistris Non Può Avere Ragione. E cacciano pure i magistrati di Salerno.
Adesso vedremo se cacceranno i tre giudici del Riesame che hanno appena confermato l'ordinanza.

Ma pare si sia scelta una via più semplice: non si parla dell’ordinanza. E di questa ordinanza nessuno, nella televisione o nella stampa, ha parlato.

I fatti vengono inanellati da Travaglio accuratamente, pacatamente, senza mai alzare la voce: basta il loro accostamento nella logica successione (un lavoro che tg i giornali nazionali hanno tralasciato, meglio non creare inutili preoccupazioni) per farne comprendere la portata allarmante. Quando finisce di parlare io e il mio vicino, che non ci conosciamo, ci scambiamo uno sguardo angosciato.

Questo signore esile e misurato, improbabile eroe del giustizialismo italiano, viene sostituito sul palco da un omone energico dalla gesticolazione incontenibile: Carlo Vulpio è un uragano. Il cronista giudiziario che da due anni seguiva le inchieste di De Magistris e poi dei pm di Salerno come inviato del Corriere della sera, non ha evidentemente mandato giù quello che gli è appena capitato. Quando scatta la controperquisizione da Catanzaro contro Salerno, può avvenire che tutti i giornali escano con titoli identici (“Guerra tra procure”) anche perché Carlo Vulpio, la sera prima, è stato rimosso dal suo incarico. Scrive sul suo blog:

“E’ stato la sera del 3 dicembre, dopo che sul mio giornale era uscito un mio servizio da Catanzaro sulle perquisizioni e i sequestri ordinati dalla procura di Salerno.

Come sempre avevo “fatto i nomi”. E cioè, non avevo omesso di scrivere i nomi dei magistrati, politici e imprenditori che comparivano nel decreto di perquisizione, non più coperti da segreto istruttorio: per esempio, Nicola Mancino, vicepresidente del Csm, Mario Delli Priscoli, procuratore generale della Corte di Cassazione, Simone Luerti, expresidente dell’Associazione nazionale magistrati.  Con una telefonata, il giorno stesso dell’uscita del mio articolo sono stato sollevato dall’incarico.

(…) La “guerra” fra procure non è altro in  realtà che un corto circuito messo in atto da indagati che indagano sui loro indagatori, affinché, rovesciato il tavolo e saltate per aria le carte, non si sappia più chi ha torto e chi ha ragione perché, appunto, “c’è la guerra”. E dopo la “guerra”, ecco la “tregua”. Così, banalmente ma non meno consapevolmente, hanno riportato la vicenda tutti i giornali, salvo rarissime eccezioni di singoli commentatori. Guerra e tregua. E’ questo il titolo dell’ultima, penosa sceneggiata italiana su una vicenda che è la “nuova Tangentopoli”.

È la volta di Antonio di Pietro, l’ex- magistrato simbolo di Mani Pulite, l’inchiesta che fece esplodere Tangentopoli portando alla luce nei primi anni '90 un sistema di potere politico a livello nazionale fondato sulla corruzione. Oggi è il leader dell’Italia dei Valori, il partito che si è opposto più caparbiabente alle riforme ad personam in campo di giutizia e informazione. Temperamento sanguigno, tendenza a sbracciarsi e ad accalorarsi quando parla anche se nessuno lo provoca, rapporto tormetatissimo con i congiuntivi, di Pietro ha combattuto le politiche del Premier con un rustico buon senso che, a parere di molti, si è rivelato più utile contro Berlusconi dei contorsionismi machiavellici degli esponenti del Pd. Denuncia, sempre sbracciandosi, il tentativo dei membri della classe politica di difendersi dai processi anziché nei processi: “è un’idea medievale, da Don Rodrigo, che offende lo stato di diritto!”. Ma soprattutto si scaglia contro il ddl sulle intercettazioni in discussione alla camera, che rendera difficilissimo disporre di questo cruciale strumento di indagine. La spiegazione del ddl occupa più o meno tutto il suo intervento, ma siccome alla fine rivolge anche una critica, o un invito, al Capo dello Stato e sarà questo ad occupare tra poco tutti i giornali, riporto testualmente questa parte del suo discorso (avviso per i fanatici della grammatica: sarà doloroso):

Vorrei lanciare un appello al Presidente della Repubblica. Signor Presidente, lo sa che qui, ancora una volta, si sta cercando di farci lo scherzetto che ci è stato fatto a Piazza Navona? Credo che in modo civile si possa avere il diritto di manifestare. Si può non essere d’accordo su quel che abbiamo fatto e stiamo facendo, ma è un nostro diritto, garantito dalla Costituzione, poter dire che ciò che fanno determinete persone non ci convince? E possiamo permetterci, Signor Presidente della Repubblica, di accogliere in questa piazza anche qualcuno di noi che non è d’accordo su alcuni suoi silenzi? (Si riferisce al fatto che a dei manifestanti la polizia aveva fatto rimuovere uno striscione con la scritta “Napolitano dorme, l’Italia insorge”). Possiamo permetterci o no? O siamo degli eversivi? Siamo dei cittadini normali che ci permettiamo (sic!) di dire a Lei, Signor Presidente della Repubblica, che dovrebbe essere l’arbitro, che a volte il suo giudizio ci appare poco da arbitro e poco da terzo.Noi non vogliamo fare alcuna… noi la rispettiamo! Noi abbiamo un senso delle istituzioni! E allora se un cittadino qui ha messo uno striscione, avrà diritto di mettere sto’ striscione, senza offendere nessuno, in cui dice Napolitano dorme, l’Italia insorge”? Perché gliel’hanno sequestrato? Perché non c’è possibilità di manifestare? Di manifestare senza bastoni… senza nulla! Stiamo semplicemente dicendo che non siamo d’accordo sul fatto che si lasci passare il lodo Alfano, che non siamo d’accordo sul fatto che si criminalizzino le persone che fanno il loro dovere, che non siamo d’accordo sull’oblio che hanno le istituzioni nei confronti di questi familiari delle vittime, che non siamo d’accordo nel vedere terroristi che vanno a fare gli insegnanti,i saputoni e poi vediamo le vittime del terrorismo e della mafia che vengono dimenticate e abbandonate a se stesse. Lo possiamo dire o no? Rispettosamente! Rispettosamente! Ma il rispetto è una cosa, il silenzio è un’altra: il silenzio uccide, il silenzio è mafioso, il silenzio è un comportamento mafioso. Ecco perché non vogliamo rimanere in silenzio".

Quando il comico Beppe Grillo, che non può mettere piede in televisione dal 1986 ma ha un blog che è il più visitato in Italia e uno dei più visitati al mondo (oltre 500.000 accessi giornalieri), inizia a parlare, appare incerto, inibito, un elefante in una cristalleria: nel luglio scorso, partecipando a una grande manifestazione indetta contro la blocca-processi, la riforma delle intercettazioni e il lodo Alfano, chiamò il Presidente della Repubblica “Morfeo”, perché lo giudicava troppo arrendevole nel firmare le leggi incostituzionali del governo. In un Paese dove un Premier diede all’allora Presidente della Repubblica Scalfaro del serpente, del traditore e del golpista12 , quella battuta                                pronunciata da un comico suscitò un putiferio, delegittimando l’intera manifestazione e facendone passare in secondo piano i contenuti. Evidentemente non vuole correre lo stesso rischio.

Ci lancia uno sguardo ecumenico: “"Ragazzi, siamo i grandi perdenti! Siamo i perdenti, guardatevi in faccia: dove vogliamo andare con queste facce? Da nessuna parte!” Tondo e rimbalzante, le mani svolazzanti, dipinge infervorato le opportunità di controllo dal basso sulla politica offerte da internet, delle liste civiche nei comuni, parla della rivoluzione mancata delle energie rinnovabili…i suoi punti forti. Denuncia l’autoritarismo strisciante che si disvela quotidianamente: “Maroni (Ministro dell’Interno) ha dato disposizione di non fare più assemblee nelle piazze. Non si potranno più fare manifestazioni ‘nelle piazze dove ci sia una chiesa’. Praticamente in tutte le piazze d'Italia c'è una chiesa! E dove non c'è una chiesa ci faranno delle madonnine nascoste nell'angolo. Maroni, che manda la polizia nelle scuole, manda la polizia in antisommossa contro i cittadini! Maroni! Che è stato condannato in via definitiva per oltraggi a pubblico ufficiale. Pensate! Lui era contro la polizia in una manifestazione, è caduto per terra e ha preso la caviglia di un poliziotto E  L’HA MORSICATA!!!13
Abbiamo un ministro degli interni che morsica le caviglie ai poliziotti! Quando i poliziotti vedono Maroni hanno paura, si mettono degli anfibi lunghi fino qua!
Noi siamo in un Paese in delirio, stiamo delirando con l'economia, con la giustizia… Italiani! Oggi la mafia è stata corrotta dallo Stato!” Poi assume una posa meditativa da bonzo tibetano: “Non voglio gridare, voglio calmarmi… voglio essere buono… non dire neanche una parolaccia. Non voglio neanche nominare Napolitano, se no poi dicono 'Grillo attacca il Presidente'”.
È la volta di Pancho Pardi. E siccome è un intellettuale intraprende un discorso più ambizioso (io comincio a dare fondo al mio panino). Sottolinea come i conflitti d’interesse di Berlusconi portino come naturale conseguenza una compressione della democrazia: quello in ambito processuale minaccia la possibilità di una giustizia uguale per tutti, che non sia una porta girevole per chi può permettersi di tirare per le lunghe il processo fino alla prescrizione; quello in ambiti mediatico uccide l’informazione e quindi la libertà dei cittadini, che si basa sull’opportunità di fare scelte consapevoli. In un futuro senza giustizia né libertà, ecco la fine della democrazia.

 

Belle prospettive su cui rimuginare mentre l’8 mi porta a casa. Mi conforto pensando che di gente sfuggita alla lobotomizzazione a reti unificate ce ne deve essere ancora parecchia: la piazza era satura di gente. Un successo. E un’esperienza intensa. Ci voglio scrivere un articolo. Sono così assorta che a stento ricordo di scendere alla fermata giusta.

Arrivo a casa, metto su il caffè, vado in camera, accendo il computer e mi parte un embolo:

“Di Pietro insulta Napolitano: 'Il silenzio è da mafiosi' ”. L’Unità.

“Di Pietro a Napolitano: 'Il silenzio è mafioso' “  L'Occidentale.

“Di Pietro attacca: 'Napolitano dorme' ”. Quotidiano Nazionale.

Di Pietro contro Napolitano: 'I mercanti fuori dal tempio'” La Voce d'Italia.

Di pietro attacca Napolitano” Il Tempo, Il corriere.it,    Repubblica.it,   Il Giornale.it

“Vergogna Di Pietro” Il Riformista 

"Di Pietro contro tutti" Skytg24

Questi i titoli delle maggioro testate nazionali nei loro siti web. Dalla lettura degli articoli apprendiamo che a Piazza Farnese si è svolta una manifestazione di Italia dei valori (mentre era organizzata dall’Associazione Nazionale Familiari delle Vittime di Mafia), contro il governo (mentre era per protestare contro la sospensione del procuratore generale di Salerno e il trasferimento dei suoi due pm), nella quale ha parlato solo di Pietro, che non ha fatto altro che insultare Napolitano dandogli del mafioso, il tutto di fronte a “qualche centinaio di persone” (io non ho idea se fossimo davvero 30.000 come sostengono i promotori, ma addirittura qualche centinaio…). Sono stordita. Sapevo che ad informazione non eravamo messi benissimo ma non avevo mai toccato con mano così direttamente a che livelli fossimo arrivati. Adesso ho la prova tangibile che viviamo gìà in un regime. Dolce, mediatico, ma pu sempre un regime. E sprofondo nel senso di impotenza, perché ho l’impressione di non poterlo dire a nessuno, di fatto. Come far sapere, ad esempio, il grado di disinformazione che c’è stata a chi non era fisicamente presente? Una cosa è farsi raccontare, tutt’altra è toccare con mano. Quelli che non sono già positivamente prevenuti non potranno mai sapere a che livello di autoritarismo siamo già arrivati.

Poi mi viene in mente che, no, potrebbero sapere benissimo. Così come non è necessario conoscere i particolari delle indagini di De Magistris, Forleo, Apicella per sapere che la classe dirigente di questo Paese sta lavorando per sottrarsi a qualunque controllo, non più solo a quello dal basso (perché i partiti controllano l’informazione e quindi l’opinione pubblica), ma anche a quello di legalità: è sufficiente guardare il tempismo formidabile con cui sono stati trasferiti. Non serve conoscere nel dettaglio le vicende processuali di Berlusconi e le date di approvazione delle leggi ad personam (eloquentemente interconnesse) per sapere che il suo conflitto di interessi ha prodotto una giustizia a due velocità: basta guardare l’entita, risibile, delle pene per i reati tipici dei colletti bianchi, e quante volte neppure vengono comminate perché i processi finiscono prescritti. Non serve avere le competenze giuridiche necessarie a capire le implicazioni del progetto di legge sulla separazione delle carriere e sulla riforma del Csm per sapere che si sta mettendo in discussione il principio della separazione dei poteri: basta guardare il livore con cui Berlusconi attacca quotidianamente la magistratura14. Non  serve conoscere tutte le leggi incostituzionali che si è visto respingere per sapere che è un analfabeta della democrazia: basta guardare l’arroganza che trasuda  dalla sua persona, l’insulto sistematico a qualunque potere di controllo, il vizio di gridare istericamente al comunismo ogni volta che emerge un ostacolo alla sua volontà, o una qualche forma di dissenso. Non serve conoscere tutti i casi di censura, le notizie scomparse, i contenuti delle intercettazioni di telefonate tra dirigenti rai e politici15 per sapere che la nostra è una televisione da regime: basta guardare l’atteggiamento imperiale e magnanimo che i politici mostrano verso i giornalisti nei talk show, l’assenza totale di satira, il misto stomachevole di volgarità e bigottismo che imperversa nei programmi di intrattenimento…basta vedere chi lavorava prima e chi lavora adesso.

Io so era il titolo della manifestazione di oggi. Evoca un famoso testo di  Pier Paolo Pasolini, contenuto in “Scritti Corsari”, una serie di articoli del periodo 73-75:

“Io so. Ma non ho le prove. Non ho nemmeno indizi.
Io so perché sono un intellettuale, uno scrittore, che cerca di seguire tutto ciò che succede, di conoscere tutto ciò che se ne scrive, di immaginare tutto ciò che non si sa o che si tace; che coordina fatti anche lontani, che mette insieme i pezzi disorganizzati e frammentari di un intero coerente quadro politico, che ristabilisce la logica là dove sembrano regnare l'arbitrarietà, la follia e il mistero.
Tutto ciò fa parte del mio mestiere e dell'istinto del mio mestiere. Credo inoltre che molti altri intellettuali e romanzieri sappiano ciò che so io in quanto intellettuale e romanziere. Perché la ricostruzione della verità a proposito di ciò che è successo in Italia dopo il '68 non è poi così difficile.
Tale verità - lo si sente con assoluta precisione - sta dietro una grande quantità di interventi anche giornalistici e politici... Probabilmente i giornalisti e i politici hanno anche delle prove o, almeno, degli indizi. Ora il problema è questo: i giornalisti e i politici, pur avendo forse delle prove e certamente degli indizi, non fanno i nomi.
A chi dunque compete fare questi nomi? Evidentemente a chi non solo ha il necessario coraggio, ma, insieme, non è compromesso nella pratica col potere, e, inoltre, non ha, per definizione, niente da perdere: cioè un intellettuale.
Un intellettuale dunque potrebbe benissimo fare pubblicamente quei nomi: ma egli non ha né prove né indizi.
Il potere e il mondo che, pur non essendo del potere, tiene rapporti pratici col potere, ha escluso gli intellettuali liberi -proprio per il modo in cui è fatto- dalla possibilità di avere prove ed indizi.
(…) Ma non esiste solo il potere: esiste anche un'opposizione al potere. In Italia questa opposizione15           (…) rappresenta un Paese pulito in Paese sporco, un Paese onesto in un Paese disonesto, un Paese intelligente in un Paese idiota, un Paese colto in un Paese ignorante, un Paese umanistico in un Paese consumistico (…) è divenuto, appunto, un 'Paese separato'. Un'isola.”



1                  2 "Scalfaro è un serpente, un traditore, un golpista" (Silvio Berlusconi, La Stampa, 16 gennaio 1995).

 

1                  3 è vero.

 

1                  4 «I giudici sono doppiamente matti! Per prima cosa, perché lo sono politicamente, e secondo sono matti comunque. Per fare quel lavoro devi essere mentalmente disturbato, devi avere delle turbe psichiche. Se fanno quel lavoro è perché sono antropologicamente diversi dal resto della razza umana». Per citarne soltanto una.

 

1                  5 Memorabile quella tra Berlusconi, allora capo dell’opposizione, e Saccà, direttore generale della Rai. Berlusconi chiede a Saccà di dare una sistemazione in una fiction a due ragazze spiegando che questo servirebbe per uno scambio di favori con un senatore della maggioranza che lo aiuterebbe a far cadere il Governo Prodi. L'intercettazione proveniva da un'inchiesta della procura di Napoli che vedeva Berlusconi indagato per corruzione.

            B: Agostino!
S: Presidente! Buonasera ..come sta ... Presidente...
B: Si sopravvive...
S: Eh .. vabbè, ma alla grande, voglio dire, anche se tra difficoltà, cioè io ... lei è sempre più amato nel paese ...
B: Politicamente sul piano zero ...
S: Si.
B: ... Socialmente, mi scambiano ... mi hanno scambiato per il papa..
S: Appunto dico, lei è amato proprio nel paese, guardi glielo dico senza nessuna piangeria ...
B: Sono fatto... oggetto di attenzione di cui sono indegno ...
S: Eh .. ma è stupendo, perchè c'era un bisogno ... c'è un vuoto ... che .. che lei copre anche emotivamente ... cioè vuol dire ... per cui la gente .. proprio ... è cosi ... lo registriamo...
B: E' una cosa imbarazzante ..
S: Ma è bellissima, però
B: Vabbè .. allora?

            Saccà illustra a Berlusconi il rischio chela destra perda la maggioranza nel Cda della Rai. Poi Berlusconi gli commissiona una fiction su federico Barbarossa “perchè c'è Bossi (capo della Lega Nord,un partito che ha tutto un contorno folkloristico) che mi sta facendo una testa tanto con questo cavolo di fiction di Barbarossa ..
S: Barbarossa è a posto per quello che riguarda .. per quello che riguarda Rai fiction, cioè in qualunque momento ...
P: allora mi fai una cortesia ...
S: si
 
B: con la Elena Russo non c'era più niente da fare? Non c'è modo...?
S: no .. c'è un progetto interessante .. adesso io la chiamo ..
B: gli puoi fare una chiamata? La Elena Russo; e poi la Evelina Manna. Non centro niente io, è una cosa ... diciamo ... di...
S: chi mi dà il numero?
B: Evelina Manna ... io non c'è l'ho ...
S: chiamo ..
P: no, guarda su Internet ..
S: vabbè, la trovo, non è un problema ... me la trovo io ..
B: ti spiego che cos'è questa qui ..
S: ma no, Presidente non mi deve spiegare niente ..
B: no, te lo spiego: io stò cercando di avere ...
S: Presedente, lei è la persona più civile, più corretta..
B: allora ... è questione di .. (parola incomprensibile, le voci si accavallano) ....
S: ma questo nome è un problema mio ...
B: io stò cercando ... di aver la maggioranza in Senato ...
S: capito tutto ...
B: eh .. questa Evelina Manna può essere .. perchè mi è stata richiesta da qualcuno ... con cui sto trattando ...

B: va bene, io sto lavorando in operazione libertaggio .. l'ho chiamata così, va bene?
S: va bene ...
B: va bene .. se puoi chiamare questa signora qui ...
S: la chiamo .. e poi quando ...
B: Evelina Manna ...
S: .. ci vediamo le riferisco ..
B: .. e anche Elena Russo ... grazie, ci sentiamo ..
S: vabbene ... allora arrivederla Presidente ...
B: la settimana prossima ci vediamo ...
S: .. oh .. metta le mani però su sta maggioranza ... perchè veramente io ho rischiato tanto per avere la maggioranza in consiglio ....
B: faccio questo .. anche se ...
S: ... e si è sciolta dopo la set ... abbiamo fatto una figura barbina!
B: va bene ...
S: .. ma non per colpa .. mi creda ... di Urbani ....
B: daccordo ...
S: Urbani fa altre cazzate ...
B: Si, si va bene!
S: grazie Presidente ..
P: grazie ciao ... ci vediamo la settimana prossima.

 

1                  5 L’opposozione a cui fa riferimento Pasolini in questo testo e il popolo che si riconosceva nel partito comunista, ma, risalendo gli “Scritti corsari al  ’73-75 ed essendo nel frattempo morto il Pc, mi sembrava inattuale riportare il riferimento.

Par PEG
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  • Le blog de Pierre-Emmanuel GUIGO
  • PEG
  • Je suis étudiant en Histoire à l'Institut d'études politiques de Paris, plus connu sous le nom de Sciences-Po, ainsi qu'à l'Université Paris IV Sorbonne. Parti socialiste
  • 13/01/1989

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