Rocard et les médias

Publié le par PEG

Cours d’histoire des médias : Agnès Chauveau, Cécile Méadel, Jean-Noël Jeanneney.

 

Pierre-Emmanuel GUIGO

 

 

                                          « L’enfant chéri des médias »

                                      Michel Rocard et les médias de 1974 à 1981.

 

 

 

 

 

 

Michel Rocard, plus connu aujourd’hui comme critique des médias, était considéré dans les années 1970 comme l’un des « enfants chéris des médias »[1]. Il est bien sûr difficile de jauger la part de ceux-ci dans son ascension de 1974 à 1981, mais étant donné la rapidité de celle-ci, et l’absence de fonction d’envergure nationale (il n’a aucun mandat jusqu’en 1977), on peut supposer que les médias ont joué un rôle important dans ce début de carrière politique, au moins en lui permettant de devenir un acteur politique de premier plan.

Pour autant doit-on conclure comme François Mitterrand que Michel Rocard, devenu l’un de ses concurrents potentiels au sein du PS pour l’investiture à l’élection présidentielle, n’est qu’un « complot médiatique »[2] ? Sans nous attacher particulièrement à cette problématique provocatrice, nous tenterons plutôt de comprendre les liens qui se nouent entre Michel Rocard et les médias (à commencer par les journalistes), à la base de la construction de la communication politique moderne[3].

Dans un premier temps, nous verrons donc comment Michel Rocard s’adapte aux médias, comment il prépare ses interventions et le rôle de ses conseillers en communication.

Ensuite, nous renverserons le point de vue et nous tenterons de comprendre quelles raisons peuvent expliquer la présence accrue de Michel Rocard dans les médias au cours de notre période.

Enfin, nous verrons que la relation de Michel Rocard aux médias de 1974 à 1981 n’est pas seulement idyllique mais peut aussi se révéler néfaste à sa communication, ce qui nous permettra peut-être de comprendre quelles sont les raisons de son rejet croissant des médias à partir des années 1980.

 

 

I) Apprivoiser les médias.


1) Préparer ses interventions.

 

Michel Rocard se distingue d’une partie de la gauche française qui est d’abord hostile à la communication[4] et aux méthodes du marketing politique en raison de son attachement au parlementarisme et de son rejet du césarisme[5].

François Mitterrand, engagé dans la campagne présidentielle de 1965, tente de donner l’image d’un président jeune, aidé pour cela par un « Brain Trust »[6]( relevant plus du conseil politique que d’un groupe de conseil en communication, comme en témoigne sa composition) sans pour autant utiliser les méthodes du marketing politique[7]. En outre, l’homme semble encore avoir des difficultés à s’adapter à la campagne télévisuel (même si l’on a par la suite beaucoup exagéré la mauvaise qualité de ses interventions télévisuelles durant cette campagne présidentielle ainsi qu’en 1974[8]), et en raison de problèmes techniques récurrents, il nourrit une certaine suspicion à l’égard de la télévision et des journalistes[9].

Michel Rocard propulsé sur le devant de la scène en raison de son élection comme secrétaire national du PSU en 1967 s’attache très vite à construire une équipe personnelle et un cabinet autonome. Son rapport aux médias est plus décomplexé que la plupart de ses contemporains de gauche[10]. Comme la plupart des membres de la deuxième gauche, son modèle politique est Pierre Mendès-France qui a voulu établir un lien direct avec l’opinion publique en usant notamment des sondages et de ses discussions radiophoniques. Michel Rocard envisage donc les médias comme un moyen privilégie de communiquer avec l’opinion publique dès 1967[11] (ce qui restera une constante de sa carrière, en témoigne son discours de Joué-lès-tours en 1991). Lors de sa campagne de 1969, il s’intéresse, à l’initiative de ses proches comme Roland Cayrol ou Pierre Zémor, à l’usage des médias. Il s’entraîne activement au video-training afin d’améliorer ses interventions télévisuelles.

Ses collaborateurs se répartissent également le travail et écrivent la plupart de ses textes, leur donnant un ton très personnel, tranchant parfois avec celui, plus officiel, du PSU.

Mais c’est surtout lors de sa victoire surprise face à l’ancien Premier ministre Couve de Murville qu’il forge sa popularité au cours de la même année 1969.

De nouveau dans l’ombre en raison des échecs répétés du PSU à partir de 1969, puis battu à l’élection législative de 1973, il ne redevient audible qu’en se ralliant à partir de 1974 d’abord à la campagne de François Mitterrand, puis au Parti socialiste au moment des Assises du socialisme en Décembre 1974.

 

 

2) Entre l’homme politique et les journalistes : la « nébuleuse » des conseillers en communication.

 

À partir de ce moment, il met en place une équipe de communication structurée sur le long terme. Des réunions régulières réunissent ainsi des spécialistes des sondages comme Gérard Grunberg, Jérôme Jaffré, qui conseillent Michel Rocard sur les postures à adopter, les messages à véhiculer pour être « en phase avec la société ». Groupe auquel il faut ajouter le publicitaire Claude Marti, dont le rôle reste encore flou en raison du manque de sources. Si l’on en suit nos connaissances actuelles, son rôle principal semble avoir été plus superficiel qu’on ne l’a souvent dit, l’homme se contentant de donner des conseils sur la posture à prendre, ou les choix vestimentaires. Des professionnels des médias se joignent rapidement à eux notamment Gilbert Denoyan (journaliste) et Jean Lallier (réalisateur de télévision qui devient plus tard directeur des programmes de TF1) occupant une place importante dans les séances de video-training et dans la préparation des émissions.

Les textes de Michel Rocard sont désormais, et jusqu’à la fin de notre période, écrits par Jean-François Merle.

À partir de 1974, deux proches de Michel Rocard s’occupent plus spécifiquement des relations avec la presse : Christian Blanc (qui devient en 1978 son directeur de cabinet officieux) et Jean-Paul Ciret ancien journaliste (UFC-que choisir ? et Groupe Bayard-Presse). Leur rôle de plus en plus important au point de devenir tous deux des « permanents » travaillant à temps plein et financés par Michel Rocard consiste à entretenir les relations déjà riches avec Le Nouvel Observateur, la Revue Esprit, mais aussi de nouer des contacts notamment avec les journalistes de l’audiovisuel. Ils  organisent ainsi les rencontres entre l’homme politique et les journalistes, tentent d’obtenir des informations de leur part (type de questions, ton de l’émission) et filtrent ainsi les propositions.

Enfin, un groupe « image et commuication » créé par Pierre Zémor encadre l’ensemble de ses personnes auxquelles se joignent des « amis » (Jacques Julliard, Edgar Pisani, des spécialistes en Economie), parfois même Michèle Rocard. 

 

 

 

 

3) La proximité de Michel Rocard avec une part de la presse de gauche.

 

Si la critique de François Mitterrand[12] à l’égard du rapport de Michel Rocard aux médias semble exagérée et jeter une suspicion déjà riche[13] sur les rapports entre journalistes et hommes politiques, elle n’en révèle pas moins la proximité qu’entretient notre objet d’étude avec une part de la presse de gauche. Le soutien que lui apportent certains hebdomadaires comme le Nouvel Observateur, mensuels comme la Revue Esprit, voire des quotidiens comme le Monde mais surtout Le Matin de Paris, a certainement joué un rôle important dans son émergence comme l’une des figures principales de la gauche française des années 1970.

Il est tout d’abord nécessaire de rappeler que ces liens ne se nouent pas dans la courte période que nous étudions. Ils sont plus profonds et remontent notamment à leur commune opposition à la guerre d’Algérie. Le Nouvel Observateur s’affiche en soutien du PSA puis du PSU après la scission socialiste de 1958. Michel Rocard publie d’ailleurs à plusieurs reprises dans ses colonnes des articles économiques très prisés[14]. Des liens importants existent aussi entre le PSU et Esprit, en raison de la forte composante catholique au sein de ce parti, ainsi que de ses prises de position critiques à l’égard du communisme[15]. Mais c’est à partir de 1974, lorsque Michel Rocard rallie le Parti socialiste que ce soutien devient plus notable. Cette presse de gauche pour une bonne part traversée par les mêmes clivages qu’au sein du PSU entre une aile plus modérée, et une aile radicale et révolutionnaire, se recentre comme c’est le cas au Nouvel Observateur avec Claude Perdriel et Jean Daniel.

 Elle accueille donc favorablement Michel Rocard qui devient le représentant politique des idées qu’elle véhicule. Après l’échec de la gauche en 1978, Claude Perdriel (actionnaire majoritaire du Nouvel Observateur depuis 1964 et directeur de son conseil d’administration),   qui avait jusqu’alors vu dans Mitterrand le candidat incontestable de la gauche[16], se détourne de celui-ci en faveur de Michel Rocard (l’écart avec François Mitterrand se creuse en raison du conflit qui oppose les deux hommes sur l’usage des fichiers du Parti socialiste dans le lancement du quotidien le Matin de Paris en 1977). Michel Rocard le séduit en effet par ses prises de position critiques à l’égard du programme commun[17]. En 1977, le même Claude Perdriel lance également le quotidien Le Matin de Paris, qui devient assez vite le principal soutien de Michel Rocard, éditant même des couvertures spéciales, dédiées entièrement à la campagne de celui-ci dans la 3ème circonscription des Yvelines.

Cette prise de position « social-démocrate » se retrouve également au sein du Monde qui se veut à l’époque représentant d’une troisième voie[18], même si le soutien à Michel Rocard est plus tacite qu’en ce qui concerne le Nouvel Observateur ou Esprit. L’Express ne regarde pas non plus  d’un mauvais oeil, celui qui représente une gauche moderne.

Des journalistes lui sont même ouvertement favorables et le revendiquent lors d’une interview[19], voire en écrivant des ouvrages[20].

 

II) « Encore Rocard », pourquoi les médias choisissent Rocard ?

 

1)      Populaire donc médiatise, médiatisé donc populaire.

 

Avant de comprendre quelles circonstances favorisent l’ascension médiatique de Michel Rocard, il faut rappeler le « capital de popularité » dont celui-ci bénéficie avant notre période. En effet, on pourrait s’étonner que plusieurs émissions lui soient consacrées alors qu’il n’est qu’un modeste secrétaire national du PS à la fonction publique. Il est, par exemple, l’invité principal de l’émission C’est-à-dire de Jean-Marie Cavada, et les médias font régulièrement appel à lui pour parler au nom du Parti socialiste des problèmes économiques. L’émission C’est-à-dire débute même par un sondage portant sur l’éventuelle succession à la tête du Parti socialiste (58% des Français semblent favorables à ce que ce soit Michel Rocard qui remplace François Mitterrand plutôt que Gaston Defferre (20%) ou Pierre Mauroy (8%) selon ce sondage. En 1977, il fait déjà la une de l’Expansion dans un style très « pop art », avec dans le décor qui l’entoure le terme de « présidentielle », montrant déjà l’ambition qu’on semble lui prêter. Dès son arrivée au Parti socialiste, il est donc perçu comme un éventuel successeur de François Mitterrand.

Ainsi, Michel Rocard bénéficie d’une popularité et d’un passé  bien antérieur à son entrée au Parti socialiste et qui en fait l’un des leaders du PS les plus attractifs pour les médias. Devenu secrétaire national du PSU en 1967, puis l’un des principaux représentants politiques lors des manifestations de 1968, c’est surtout avec la campagne présidentielle de 1969 qu’il devient une figure majeure du paysage politique français. Préparé à la campagne médiatique grâce aux soins de Roland Cayrol, et malgré des moyens très faibles comparés aux autres candidats, ses apparitions médiatiques sont remarquées comme en témoigne le Bloc-Notes de François Mauriac[21]. Ses apparitions télévisuelles contribuent à l’ancrer dans le paysage politique français, il y a là une forme de « légitimation institutionnelle par le passage à la télévision »[22], y compris pour ceux qui n’auront pas regardé ses prestations, son nom sera désormais connu. Il gagne dès cette époque la réputation d’être un bon « client » pour les médias et tout particulièrement la télévision comme nous l’a signalé Jean-Marie Cavada[23]. Cette popularité acquise accentue sa crédibilité et contribue l’année d’après à sa victoire face à Maurice Couve de Murville. Malgré une baisse assez nette de son apparition dans des émissions, il a ainsi acquis une popularité faisant de lui un homme politique de premier plan. Se forge ainsi un « cercle vertueux » ou une « redondance décalée » (chaque média reprenant ce qui a été dit sur lui, voir ses interventions ultérieures[24]) mais qui ne permet pas, seul, d’expliquer son ascension médiatique sur notre période.

 

 

 

 

2)      Correspondance entre Rocard et l’agenda médiatique. `

 

Michel Rocard s’inscrit, en outre, dans un agenda[25] qui lui est plutôt favorable et qui contribue au développement de sa présence médiatique. Tout d’abord, se développe au sein des médias un intérêt croissant pour des sujets de société[26], relevant parfois de la sphère privée. Suite à Mai 68, les médias s’intéressent de plus en plus aux nouveaux mouvements sociaux comme les appelle Alain Touraine. Autant de thèmes favorables à Michel Rocard[27] qui s’est voulu l’un des porte-parole du mouvement de Mai 68 dans la sphère politique[28]. Ancien secrétaire national du PSU (parti qui a tenté d’imposer ces thématiques au sein du paysage politique), Michel Rocard est donc régulièrement invité à des émissions portant sur les courants féministes, l’avortement (émission durant laquelle il est chargé d’interviewer des couples), et même à une émission sur  Ménie Grégoire[29].

De même l’économie est au coeur à cette époque de l’actualité et se révèle même l’un des éléments essentiels de l’agenda pour l’opinion publique[30]. Si nous devons bien sûr éviter de confondre trop hâtivement l’agenda médiatique et l’agenda de l’opinion comme nous l’indique Jean-Louis Missika[31], nous constatons dans le cas présent que l’économie occupe une place plus importante que d’habitude dans les médias de l’époque[32].   Même si c’est un sujet qui n’a jamais eu un succès massif, et que ces émissions sont souvent reléguées en deuxième partie de soirée, il y a là une opportunité rare pour Michel Rocard. Les questions économiques occupent ainsi la majeure partie de ses interventions dans des émissions durant notre période[33]. Comme le signale Louis Mexandeau[34], il est en effet l’un des seuls réels spécialistes en économie du PS à être déjà connu de la population et ses compétences dans ce secteur sont souvent mises en avant par le parti[35]. Ainsi, comme l’explique Jean-Marie Cavada, « lorsque l’on faisait une émission sur l’économie ou que l’on voulait une réaction sur des problèmes économiques, c’était la première personne à qui nous pensions pour le PS. Il nous semblait le plus compétent »[36].

 

3)      Rocard, un bon client, malgré tout.

 

Si l’on a souvent mis en valeur (et les caricaturistes notamment du bébête show puis des guignols en ont fait leur miel) le débit rapide et les phrases compliquées de Michel Rocard, il ne faut pas pour autant oublier qu’il était perçu à l’époque comme l’un des meilleurs invités politiques comme nous l’ont signalé les journalistes que nous avons rencontré (Jean-Marie Cavada, Jacques Julliard, Jean Daniel)[37]. Face à un François Mitterrand vieillissant (il a 65 ans en 1981 et s’apprête à être candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle) il n’hésite pas à mettre en avant sa jeunesse, sa décontraction. Issu d’une autre génération, il paraît plus à l’aise avec la télévision, notamment, dont il use abondamment, parfois avec talent. Ainsi, lors de la soirée électorale télévisée des élections législatives du 19 Mars 1978, il n’hésite pas à détourner la forme du débat et à faire une déclaration poignante, s’adressant droit au coeur des socialistes.

L’homme dans l’air du temps se peopolise[38]. À la manière encore une fois de Valéry Giscard d’Estaing[39], depuis le début de sa carrière, Michel Rocard met en avant sa vie privée, apparaît dans Paris-Match, montre son foyer à la télévision, sa femme et ses enfants. Lors d’une émission de Jean-Marie Cavada[40], et sur les instructions de celui-ci, Michel Rocard scie même une planche afin de prouver que son passé de scout est encore vivace.

Son « parler vrai » est aussi une des raisons avancées par la plupart des journalistes pour expliquer l’intérêt qu’ils portaient à Michel Rocard. Les journalistes-interviewers attendent ainsi de lui, qu’il se distancie du discours idéologique et de la « langue de bois »[41]. Il a ainsi acquis en raison de son allocution de 1978, mais aussi de phrases parfois en profond décalage avec le discours du Parti socialiste (il fait ainsi scandale en proposant une intervention en Pologne[42], et sa phrase sur « l’archaïsme »[43] fait aussi couler beaucoup d’encre), la réputation d’un homme évitant la « langue de bois ». Mais il faut là encore prendre des distances avec ce qui semble, comme nous le rappelle à juste titre Christian Delporte[44], d’abord relever du slogan ou d’une formule de  communication visant à se différencier des autres hommes politiques en suggérant implicitement que les autres ne parlent pas « vrai ».  En outre, par ce « slogan », il se réclame de l’héritage de Pierre Mendès-France, qui lui aussi souhaitait « parler plus vrai ».

Enfin, Michel Rocard présente une opportunité pour les médias, notamment pour les journalistes de gauche, de nourrir l’actualité au sein du PS avec une concurrence (horserace) entre deux leaders nationaux, à la manière de ce qui se passe à la même époque à droite (mais dans deux partis différents).

Enfin, son positionnement relativement modéré, lui permet de séduire au-delà de la gauche. Ainsi, si nous avons tenté de montrer plus haut ses soutiens au sein de la presse de gauche, nous pouvons rajouter que sans le soutenir, une presse plus conservatrice, ainsi que les magazines économiques s’intéressent à lui. Par ses prises de position modérées sur le plan économique (en parti en désaccord avec le Programme commun et sur la place à laisser au marché) cette presse économique lui ouvre ses colonnes. Dès 1977, L’expansion lui consacre sa couverture, rejoint bientôt par le Point en 1979.

Si l’on suit également les sondages nous pouvons voir qu’il est très populaire à gauche et notamment au sein du Parti socialiste, mais aussi, et c’est plus original au sein de la droite, ce qui lui permet de se démarquer très nettement des autres hommes politiques en termes de popularité.

L’étude de ses interventions médiatiques permet de confirmer l’idée d’un positionnement modéré. Il se place ainsi souvent dans une posture d’analyste plus que de débatteur, ce qui le démarque du simple représentant partisan, à la manière de ce qu’avait réussi à faire Valéry Giscard d’Estaing lors du débat de 1974 face à François Mitterrand[45]. Ainsi dans une émission sur l’avortement, plutôt que de donner son avis ou d’exprimer la ligne du PSU, il décide d’aller interviewer des couples « anonymes », ce qui lui permet ainsi de se poser  à la fois en homme écoutant volontiers son prochain, mais aussi de se dédouaner de tout langage partisan, puisque la parole est laissée à des citoyens « lambdas ». En outre, fortement inspiré par les études produites par les philosophes et sociologues proches de la deuxième gauche (Crozier, Touraine, Malet), il s’adonne souvent dans ces interventions à des analyses sociologiques, qui lui permettent elles aussi de prendre de la hauteur à l’égard du seul débat politique. Il représente une « parole d’expert », ce que Jean-Pierre Esquenazi appelle une « parole performante »[46] (ce qui permet d’ailleurs d’expliquer la persistance de l’image de technocrate qui lui est accolée).

 

 

III) Rocard et les médias : une lune de miel ?

 

1)      L’autonomie conservée des deux acteurs.

 

Si Michel Rocard porte une attention appuyée à sa communication politique et à l’élaboration de son message, il n’en reste pas moins à la merci du contigent, du hasard, voire de l’indépendance des journalistes. La longue et profonde préparation préalable à chacune de ses interventions dans les médias ne chasse jamais sa spontanéité comme nous l’ont confié tous ses proches de l’époque. Ses conseillers en communication craignent à chacune de ses interventions un écart, une prise de position un peu hâtive qui pourrait détériorer son image.

Les exemples abondent de situation ou face à la caméra, il s’autonomise du discours préparé, pour le meilleur (intervention le soir de l’élection de 1978), mais aussi pour le pire. Ainsi, alors que de nombreux dissidents fuient la Pologne, il propose d’envoyer à la manière des interventions humanitaires au Vietnam, des bateaux au large du pays, quitte à risquer un incident diplomatique majeur, commentaire qui sera abondamment repris à son encontre par ses critiques de tous bords comme une preuve de son incompétence. De même au soir de son intervention à la fin du congrès de Metz, Michel Rocard improvise, contre la volonté de tous ses conseillers, et déclare : « Ce ne sera pas la bataille du prétendant. Vous serez le premier à prendre votre décision [pour la candidature de 1981]. Si vous êtes candidat, cher François Mitterrand, je ne le serai pas contre vous ! ». Jacques Julliard échaudé par cette intervention qu’il considère comme maladroite déclare : « depuis cinq minutes, le rocardisme est à la baisse ».

Du point de vue des médias, ceux-ci conservent toute leur autonomie, et le concept de « cadrage »[47], ou « framing » nous permet de voir que la manière dont les médias abordent Michel Rocard change au cours de notre période. Comme nous l’avons souligné, s’il est porté au début de notre période par les thématiques émergentes des années 60-70 (libération des moeurs, autogestion, économie), il n’est plus à la fin de notre période (surtout à partir de sa lutte ouverte avec François Mitterrand) montré comme un pourvoyeur d’idées, mais comme le principal opposant à François Mitterrand, le « prétendant ». Ce qui lui permet donc d’accéder (cette lutte Mitterrand/ Rocard fait alors couler beaucoup d’encre) aux médias détériore l’image qu’il tente de donner de lui-même.

En outre, l’image jeune qu’il offre fait également penser à celle de Valéry Giscard d’Estaing stimulant ainsi une communication critique au sein même du Parti socialiste ou du Parti communiste le présentant comme un homme politique de droite, un « Rocard d’Estaing » (Jean Poperen).

Parler de complot médiatique est donc bien une erreur. D’autant, qu’il ne parvient jamais à dépasser François Mitterrand en termes de présence dans les médias[48], à l’exception d’une très courte période au début de l’année 1980.

 

2)      L’échec médiatisé : l’appel de Conflans.

 

L’appel de Conflans constitue très certainement l’acmé, ou plutôt le nadir de la campagne médiatique de Michel Rocard en vue des présidentielles. S’il s’agit du début d’une campagne potentielle, l’appel se solde finalement par la fin de la candidature de Michel Rocard. S’il est difficile d’en évaluer l’échec, d’autant que nous ne disposons d’aucun sondage portant sur son écho, nous pouvons néanmoins tenter de comprendre comment l’appel a pesé sur la stratégie des différents acteurs. Si cette intervention apparaît même comme le modèle d’une mauvaise déclaration de candidature[49], à tel point qu’elle est souvent citée dans certains manuels, on peut d’abord se demander si elle a été vécue comme un échec. Le fait est que les médias audiovisuels ne le présentent pas, sur le coup, comme tel. Même les proches de François Mitterrand comme Paul Quilès ne critiquent que la forme « giscardienne ».

Même les sondages a posteriori ne signalent pas un infléchissement de sa popularité, alors que ceux ayant suivi son discours de 1978 montraient une nette évolution (même s’il est bien difficile d’en tirer un lien de cause à effet).

Si nous sommes donc loin d’un succès médiatique, il est néanmoins difficile d’en faire un échec absolu. En effet, l’événement ne semble pas avoir été vécu comme un échec complet. Si l’on suit même les commentaires de la presse, nous ne trouvons que de très rares références à un prétendu échec.

Mieux, pour Le Monde, en « traversant le Rubicon », Michel Rocard s’est donné des chances d’être vraiment un jour candidat. Jusque-là dubitatif sur la candidature Rocard, Jean-Marie Colombani dans un article à la une considère désormais la « candidature Rocard » comme « possible ».

Le Nouvel Observateur aussi sous la plume de Jean Daniel considère que la candidature de Rocard est de plus en plus probable, et peut-être même la meilleure.

Plus que de marquer la fin de la candidature Rocard, « l’appel de Conflans » semble donc pour la presse, le lendemain ou les jours qui suivent l’événement, apparaître comme la vraie entrée de Michel Rocard dans la course à la présidentielle.

Si l’on en suit les lettres reçues par le cabinet de Michel Rocard[50] les jours suivants l’appel de Conflans, les critiques semblent montrer l’échec de la forme de l’appel (il reproche notamment à Michel Rocard d’avoir voulu, sur les conseils de ses communicants, se donner une image « présidentielle » en totale rupture avec l’image véhiculée jusque-là[51]), mais n’entraîne pas leur démobilisation. Au contraire, tous semblent maintenant convaincus qu’il s’agit du meilleur candidat et l’encourage à continuer la lutte. Cette situation s’apparente donc à celle qui a suivi le débat entre Laurent Fabius et Jacques Chirac, étudié par Agnès Chauveau[52]. Ce n’est qu’à posteriori que l’image négative de cette intervention se construit au point de devenir un fait acquis, phénomène que Jacques Maarek nomme une « redondance décalée »[53]. L’idée devenant courante que cet appel était un échec, chaque média reprendra cette idée à son compte, jusqu’à ce que l’idée devienne lieu commun.

C’est donc surtout chez les très proches du « candidat potentiel » que cette intervention est apparue comme désastreuse. Lui-même semble l’avoir vécu comme un désastre complet[54]. C’est donc sur eux qu’elle pèse, engendrant un effet de démobilisation. A partir de cet instant, toute l’équipe de Michel Rocard, à commencer par lui-même revoient leurs ambitions à la baisse et semble attendre l’annonce de François Mitterrand. 

S’il est certain que l’on ne peut en faire une réussite, cette intervention semble avoir en fait confirmé et décanté la situation. Déjà dans une position paradoxale puisque voulant être candidat mais ne pouvant l’être si François Mitterrand se présente, chacun des camps n’y voit que confirmation de ce qu’il attendait. Du côté de Michel Rocard, la candidature semble d’autant moins crédible que cet « appel » semble un échec. Du côté des Mitterrandiens, on se félicite de cette annonce bien peu convaincante.

Toutefois, cette idée d’échec enracinée dans la mémoire de Michel Rocard joue, à notre avis un rôle important dans le développement de ses critiques envers les médias. Si ce type de pensée ne devait pas lui être étranger, elle s’enracine en tout cas, au point de devenir un élément récurrent de ses discours.

 

3)      La communication de Michel Rocard pas exclusive des médias.

 

En outre, si les médias occupent une place importante dans la communication politique de Michel Rocard comme nous avons souhaité le montrer ici, elle ne constitue pas le seul type de communication politique voulu par celui-ci. Influencé par les nouvelles pratiques démocratiques développées au sein de la gauche sous le terme-valise d’autogestion, Michel Rocard a perpétué et utilisé de nouveaux modes de communication. Ces méthodes sont tout particulièrement utilisées au niveau local, où les médias jouent un rôle moins important face aux contacts interpersonnels. C’est tout particulièrement le cas à Conflans-Sainte-Honorine, ville dont il est le maire. Il y met en place un busphone afin de recueillir l’avis de la population, leurs attentes, leur avis sur tel projet, ainsi que des structures de discussions paramunicipales.

Sur le plan de ses campagnes, il fait bien sûr appel aux modes de communication plus ordinaires (tractages, affichages, meetings...).

D’ailleurs, dans son emploi du temps, la communication médiatique et sa préparation n’occupent qu’une place assez faible dans son travail hebdomadaire.

 

 

 

 

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             -Le temps des médias, n°7, Février 2006, en entier.

              -Le Temps des médias, n°10, 2008.

            -Isabelle Veyrat-Masson et Evelyne Cohen, « Bruno Masure, entre engagement         politique et métier journalistique », Le Temps des médias, n°13, hiver 2009-2010.

 

 

 

2)      Michel Rocard :

 

- Jean-Louis Andréani, Le Mystère Rocard, Paris, Laffont, 1993.

-Jean-Pierre Bédéï et Jean-Paul Liégeois, Le feu et l’eau, Mitterrand-Rocard : histoire d’une longue rivalité, Grasset, 1990.

- Kathleen Evin, Michel Rocard ou l’art du possible, Paris, J-C Simoëns, 1979.

-Robert Chapuis, Si Rocard avait su, Paris, L’Harmattan, 2007.

-H. Hamon, P. Rotman, L’effet Rocard, Paris, Stock, 1980.

-Gilles Heurtebise, Michel Rocard vu par trois quotidiens nationaux, Paris, Mémoire d’histoire contemporaine, Paris 10, 1983.

-J-P. Huchon, Jours tranquilles à Matignon, Paris, Grasset, 1993.

- J-P. Huchon, La montagne des singes : du rocardisme aux années Jospin, Paris, Grasset, 2002.

-Fabrice Manisewski, Michel Rocard au miroir du « Nouvel Observateur » de 1965 à 1981, Mémoire de Maîtrise en histoire, Lille 3, 1997.

            -R. Schneider, Michel Rocard, Paris, Stock, 1987.

-Robert Schneider, La haine tranquille, Paris, Seuil, 1992.

-Jean-Jacques Urvoas, L’image de Michel Rocard de 1978 à 1984, Paris, Mémoire de Maîtrise, 1984.

-Pierre Zémor, Le défi de gouverner, communication comprise, entretien avec Patricia Martin, Paris, L’Harmattan, 2007.

 

 

3)      Ses propres ouvrages :

 

- A l’épreuve des faits, Points, 1986

-Le cœur à l’ouvrage, Odile Jacob, 1990. Textes politiques (1981-1987).

-Parler vrai, Points, 1979. Textes politiques

- Si la gauche savait, entretiens avec Georges-Marc Benamou, Paris, Points, 2007.

-Si ça vous amuse, Paris, Flammarion, 2010.

 

 

Sources archivistiques :

-Archives INA.

-Archives de Pierre Zémor sur la communication de Michel Rocard.

-Archives de Michel Rocard ?

-Fonds Michel Rocard à Conflans-Sainte-Honorine.

 

 

Sources annexes :

-Entretiens avec les acteurs cités :

-Jean-Marie Cavada : journaliste politique. (entretien avec l’auteur, 14 Décembre 2010).

-Robert Chapuis, proche ami de Michel Rocard depuis ses débuts à l’UNEF et au PSU (entretien avec l’auteur 18 Octobre 2010).

-Jean-Paul Ciret : chargé de la presse au sein du « cabinet » de Michel Rocard de 1974 à 1981 (entretien avec l’auteur, 3 Décembre 2010).

-Scarlett Courvoisier : secrétaire de Michel Rocard sur notre période (entretien avec l’auteur, 16 Octobre 2010).

-Jean Daniel, Président et éditorialiste du Nouvel Observateur (entretien avec l’auteur, 14 Janvier 2011).

-Daniel Frachon : secrétaire général de la fédération socialiste des Yvelines, participe régulièrement au groupe « image et stratégie » ( entretien avec l’auteur, 8 Novembre 2010).

-Jacques Julliard : historien, éditorialiste au Nouvel Observateur, proche ami de Michel Rocard (entretien avec l’auteur, 8 Janvier 2011).

-Jean-François Merle : plume de Michel Rocard de 1974 à 1981 (entretien avec l’auteur, 8 Juin 2010).

-François Stasse : conseiller économique de Michel Rocard de 1974 à 1980.

-Pierre Zémor : coordinateur du groupe « image et stratégie ».

-Jean-Louis Missika : sociologue des Médias, directeur du SID de 1988 à 1991.

 

-Dossiers de presse de Sciences-Po.

- Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Monde, L’Humanité, de 1974 à 1981.

 

 

 



[1] Voir l’émission Empreintes dédiée à Michel Rocard, 29 Mars 2009 sur France 5.

[2] François Mitterrand, interview au journal Le Monde, 27 Mai 1980.

[3] Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007

[4] Roger-Gérard Schwartzenberg, représente assez bien ce type d’hostilité à la communication politique avec son ouvrage : Roger-Gérard schwartzenberg, L’état spectacle, essai sur et contre le star system en politique, Paris, Flammarion, 1977.

[5] Serge Berstein, Odile Rudelle (dir.), Le modèle républicain, Paris PUF, 1992. 

[6] Gui Xi Young, « The 1965 Mitterrand campaign, and the rue Guynemer « Brain Trust », Master of Philosophy, FitzWilliam College, 2009.

[7] Ibid.

[8] Christian Delporte, La France dans les yeux, Une histoire de la communication politique de 1930 à nos jours, Paris, Flammarion, 2007, p. 155.

[9] Ibid, p. 182.

[10] Ibid, p. 224.

[11] Michel Rocard, « Socialisme et civilisation industrielle » dans Tribune socialiste, Mai 1966.

[12] Voir Introduction.

[13] Cyril Lemieux, Mauvaise presse : une sociologie compréhensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, Métaillé, 2000.

[14] Philippe Tétart, France Observateur, 1950-1964 : histoire d'un courant de pensée intellectuel, Paris, L’Harmattan, 2000.

[15] Goulven Boudic, "Esprit", 1944-1982 : les métamorphoses d'une revue, Paris, Editions de l’IMEC, 2005.

[16] Il avait même organisé sa campagne de  1974

[17] Entretien avec l’auteur.

[18] Patrick Eveno, Histoire du journal "Le Monde" : 1944-2004, Paris, Albin Michel, 2004.

[19] Entretien de Guy Claisse le 22 mars 1979 avec Hervé Hamon et Patrick Rotman, L’Effet Rocard. Paris, Stock, 1980, p. 24-26

[20] Hamon-Rotman, L’effet Rocard, Paris, Stock,1980, Pierre Viansson-Ponté, Lettre aux hommes politiques, Albin Michel, 1976.

[21] François Mauriac, Bloc-Notes, vol. 5,  Paris, Flammarion, 1970, p. 299.

[22] Philippe Maarek, « Le message télévisé a-t-il besoin de discours politique » dans Mots, vol. 20, 1989.

[23] Entretien avec l’auteur (14 Décembre 2010).

[24] Son intervention de 1978 est ainsi reprise quasi-systématiquement à chacun de ses passages télévisés.

[25] Pour une définition, voir                N. J. Mahwah, Handbook of political communication research, LEA’s communication Press, 2004, p. 154-158.

[26] Laurent Martin, La presse écrite en France au XXème siècle, Librairie Générale Française, 2005, p. 154.

[27] Les sociologues des médias parlent ici de « priming » ou « d’amorçage » en français,

ces thématiques mises en avant par les médias favorisent l’homme politique qui est le plus à même d’y répondre.

[28] Pour voir son action au sein des manifestations de Mai 68 puis par la suite : Isabelle Gay, L’itinéraire politique de Michel Rocard jusqu’en 1974, Mémoire de Maîtrise Paris 1, 1988.

[29] Émission « Ménie Grégoie : Sainte Antenne priez pour nous » dans la Société des médias, 24/02/1974, voir Dominique Cardon, « Chère Ménie. Émotions et engagements de l’auditeur de Ménie Grégoire », Réseaux, n°70, 1995, p. 41-78.

[30] Sondage Le Figaro-Sofres, Juin 1974.

[31] Elizabeth Dupoirier et Gérard Grunberg, Mars 1986, la drôle de défaite de la gauche, PUF, 1986.

[32] Laurent Martin, La presse écrite en France au XXème siècle, op. cit., p. 75.

[33] Sur le crédit, le capitalisme, sur le plan Barre, sur le programme commun...

[34] Louis Mexandeau, Histoire du Parti socialiste, Paris, Tallandier, 2005.

[35] Il a notamment été l’un des conseillers économiques de François Mitterrand lors de la campagne de 1974, et il est l’un des représentants du PS dans la renégociation du Programme Commun en 1977.

[36] Entretien avec l’auteur (14 Décembre 2010).

[37] Entretiens avec l’auteur, voir Bibliographie et archives utilisées.

[38] Jamil Dakhlia, Politique people, Bréal, 2008.

[39] Sans qu’il y ait nécessairement inspiration, d’ailleurs d’autres hommes politiques le font tout autant comme François Mitterrand dévoilant à la télévision sa maison de Latché, ou mettant en avant son épouse Danièle lors de la campagne de 1974.

[40] C’est-à-dire, 15/10/75, présenté par Jean-Marie Cavada, Antenne 2.

[41] Christian Delporte, Une histoire de la langue de bois, Flammarion, 2009.

[42] 20 Août 1980 à RMC.

[43] 17 Septembre 1978 au Club de la presse d’Europe 1.

[44] Christian Delporte, Une histoire de la langue de bois, op. cit.

[45] Jean-Pierre Esquenazi, Télévision et démocratie : La politique à la télévision française, 1958-1990, Paris PUF, 1999, p. 190.

[46] Ibid, p. 188.

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