The Checkers' effect

Publié le par PEG

En nous dévoilant leurs comptes en banque et leur patrimoine nos ministres et certains de nos chers élus m'ont rappelé un des grands moments de la communication politique du XXème siècle: le "Checkers speech" de Richard Nixon. En 1952 celui est qui est alors sénateur républicain et candidat à la vice-présidence des Etats-Unis est soumis à une violente campagne négative de ses adversaires à propos de financements plus que douteux (il utilisait les fonds levés pour ses précédentes campagnes afin de se rembourser ses frais personnels). Son parti achète ainsi 30 minutes de programme télévisé pour faire la lumière sur ces accusations. Nixon profite de ce temps de parole pour dévoiler tout son patrimoine, ses revenus (est-ce que ça ne rappelle pas un certain François Fillon l'autre soir sur le plateau de TF1?), son patrimoine, d'accuser ses adversaires et enfin de s'attirer la sympathie du public en soulignant qu'il a reçu un cadeau qu'il n'entendait pas rendre: un petit chien que ses filles avaient appelé Checkers. Ce procédé de Storytelling (puisque l'expression est entrée dans les moeurs) sera également utilisé par Barack Obama avec Bo (l'idée de faire appel à son chien pour discréditer ses adversaires avait déjà été employée par Franklin Roosevelet dans son Fala's speech en 1944).

Comme dans le cas de Richard Nixon, les événements contemporains nous montrent que le dévoilement de soi  (y compris quand il n' a pas de sens, puisque l'on est bien incapable de vérifier la validité des informations, ainsi que de connaître l'enrichissement réel de ces personnes) est un moyen de diversion de l'opinion.

Néanmoins nul durant ce strip-tease patrimonial n'a pensé à sortir son cocker. Doit-on y voir une mutation définitive de la communication politique?

Tout d'abord la situation est bien évidemment différente. Le seul à avoir été accusé publiquement et ouvertement était Jérôme Cahuzac et dans une moindre mesure Pierre Moscovici. Adopter un ton ironique pour les autres auraient donc été inutile et aurait au contraire attiré l'attention des médias sur ses propres comptes en banque.

En outre, nous ne sommes pas aux Etats-Unis, pas de possibilité d'acheter des interventions télévisées que l'on peut organiser d'un bout à l'autre. En France il eut fallu passer par des programmes déjà en  place, et l'on voit mal un chien débarquer au journal de 20h...

Les modes de communication sont très différents aux Etats-Unis, ainsi que les canaux de diffusion et certaines excentricités nous resteront étrangères (est-ce un mal?).

Plus généralement, les années 1950 marquaient le début de l'usage de la télévision pour les hommes politiques aux Etats-Unis (en France, on était alors dans le pré-natal...), la nouveauté permettait de marquer de manière plus importante l'ensemble de la population. Des effets de manche comme l'utilisation d'un chien pouvait attendrir le téléspectateur comme le montrèrent les soutiens massifs que reçut Nixon après cette intervention (mais encore une fois, il ne réussit à mobiliser que les convaincus, c'est-à-dire les Républicains). Aujourd'hui, une telle prestation n'attendrirait plus personne, et on peut même parier qu'elle agacerait. On peut certes toujours se plaindre des effets négatifs de la communication, mettre en valeur un électeur amorphe, et des taux d'abstention croissants, mais il faut bien admettre un développement de l'esprit critique du citoyen qui a appris à reconnaître les éléments de langage, à décortiquer les messages. Croire que l'on peut lifter l'opinion comme Nadal marque d'un spin son coup droit est leurre qui ne séduit plus que les conseillers en communication, et les hommes politiques qui veulent bien les écouter. 

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