Pourquoi Sarkozy n’est pas vraiment libéral ?
Je voudrais tout d’abord préciser que ce n’est pas le libéralisme économique qui m’intéresse ici, mais plutôt le libéralisme politique en tant que pensée politique de la limitation du pouvoir (même si celui-ci est très lié au premier aspect). Cette réflexion tire son sens d’un débat diffusé sur France Culture vendredi 31 Janvier entre J-M Guaino et le sociologue philosophe Pierre Rosanvallon . Que le débat soit déséquilibré est une chose, mais il a eu l’intérêt de révéler un aspect jusque-là implicite du comportement de l’actuelle présidence vis-à-vis du pouvoir et des contre-pouvoirs. Je ne veux pas assimiler complètement la pensée de Nicolas Sarkozy à celle de M. Guaino (surtout que le premier est suffisamment intelligent et pragmatique pour prendre des positions moins affirmées que le second), mais la pensée de celui-ci révèle toutefois des contours méconnus du président qui peuvent facilement êtres accrédités si l’on lit les dernières réformes à l’aune de celle-ci. Le débat portait sur la majorité a-t-elle toujours raison ? Vieux débat qui n’avait rien de novateur et que certains étudiants se souviendront avoir traités. Mais le consensus de départ a rapidement débouché sur un questionnement plus profond : comment considérer les contre-pouvoirs en temps d’hyperprésidence ? On sait l’attachement de M. Rosanvallon vis-à-vis des acquis libéraux (je renvois ici à ces nombreux ouvrages sur la question) que je détaillerai ici en quelques points :
1) Démocratie représentative et parlementaire
2) Etat de droit protégeant les droits fondamentaux des individus.
3) Les gouvernements sont désignés par élection à intervalles réguliers.
4) Les gouvernants conservent une certaine indépendance à l’égard de la volonté des électeurs .
(souveraineté parlementaire, mandat représentatif et non impératif).
5) Les gouvernés peuvent exprimer leurs opinions politiques sans censure des gouvernants
(liberté de communication, d’expression).
6) Les décisions publiques sont soumises à la délibération, à la discussion.
La pensée libérale, s’il est nécessaire de le rappeler, tire sa source d’une réaction face à la concentration des pouvoirs, à l’absolutisme latent. En France, par exemple, elle s’est opposée à la Terreur jacobine comme à l’absolutisme monarchique, les renvoyant dos-à-dos. Face à ce qu’elle a toujours perçu comme un risque de dérive, la pensée libérale de Sieyès à Tocqueville en passant par Constant a tenté d’imaginer des barrières, des contre-pouvoirs. Ces principes se sont d’ailleurs concrétisés dans des institutions comme la cour constitutionnelle. On sait le vieux débat qu’elle soulève et ce n’est d’ailleurs pas par hasard que les opinions de Rosanvallon et de Guaino se sont achoppé sur cette question. En effet, pour le second, elle constitue une atteinte même à la capacité de décision du politique, un risque d’immobilisme potentiel.
Nous passerons outre ses propos sur le sens politique des programmes scolaires pour voir que ce raisonnement n’est pas que personnel à M. Guaino, mais déteint aussi sur la politique gouvernementale. Il n’en est pas autrement de la réforme du juge d’instruction, de la nomination du président du CSA.
Certes, la réforme constitutionnelle a pu apporter des améliorations notamment sur l’augmentation du rôle du Parlement, mais celui-ci étant largement aux mains de l’UMP où, la liberté d’expression n’est pas de rigueur. Dans les circonstances actuelles, les vraies conséquences de cette réforme sont donc le renforcement du président et de ses pouvoirs.
Une image trop souvent avancée semble donc s’écrouler. Nicolas Sarkozy n’est pas libéral au sens politique du terme, il est bien, plutôt l’héritier d’un mouvement plus profond de centralisation, d’intervention étatique, de pragmatisme. En bref, il est dans la lignée des Colbert, des Bonaparte, (toutes proportions gardées), plus que des Tocqueville et autre Montesquieu.
Si cette attitude est « dangereuse » selon les termes de Pierre Rosanvallon, elle laisse planer le risque de l’arbitraire. Croire que d’un coup de main, on peut éliminer tout obstacle et au nom du peuple (apparemment si loquace dans la bouche de certain) et de l’efficacité prendre toutes les décisions est une erreur et une remise en cause claire du principe fondateur de notre démocratie : l’état de droit.